jeudi 2 décembre 2010

les homme rouges, le tout

ETERNITE




Les Hommes Rouges










































PROLOGUE



A cette époque la terre était encore totalement vierge. Des minéraux à perte de vue, des volcans crachant leur lave et des météorites se crashant régulièrement sur ce désert, c’était tout ce que l’on aurait pu voir si on se trouvait là, dans ces premiers temps. Mais si l’on s’était retrouvé à regarder ce paysage grandiose par son unicité minérale, encore aurait-il fallut un bon scaphandre. Et oui ! Il n’y avait pas la moindre trace d’oxygène à la surface de cette planète que nul n’aurait osé appeler Terre. Boule brûlante, oui !

La lune commençait à être assez loin de la Terre pour que son influence sur les éléments ne soit plus aussi prépondérante. Notre satellite tournait maintenant régulièrement autour de son astre mère et attirait sur lui de plus en plus d’astéroïdes et autres corps célestes voyageant dans notre galaxie épargnant d’autant notre petite planète.
Le contraste était saisissant entre ces étendues rocailleuses et le foisonnement de vies qui évoluaient sous l’océan unique qui s'était formé recouvrant la plus grande surface de notre globe.

Là dessous, des organismes unicellulaires s’étaient développés pour donner naissance à des formes de vies plus complexes. Amibes, éponges, algues et autres incongruités végétales se multipliaient sous la surface de cette eau protectrice.
Leur aspect pour le moins étranges se justifiaient. Il fallait bien expérimenter toutes les possibilités, bien souvent saupoudré de n'importe quoi pour réussir à s'adapter aux conditions de vie qui nous étaient proposées !

Sur les terres émergées régnaient les minéraux. Sous la mer la colonisation des végétaux était totale. Mais il n’y avait encore aucune trace de vie animale que ce soit hors ou sous l’eau. Et cela ne manquait aucunement aux deux ordres qui dominait cette planète.
L’atmosphère de cette de terre aride était irrespirable. Des gaz, tous plus toxiques les uns que les autres empêchait la vie de s’inviter au-dessus du niveau de la mer. Les algues (cyanobactéries) et autres végétaux marins, curieux comme pas deux, ne pouvaient, pourtant s’empêcher de lorgner sur ces nouveaux territoires.

Après une concertation toute végétale, les algues bleues, les as de la chimie sous-marine, se mirent au boulot à grands coups de mutations. Elles fourmillaient maintenant en mer et à force de pugnacité, arrivèrent à transformer l’atmosphère terrestre. Ces algues bleues inventèrent la photosynthèse. Elles relâchaient sans cesse de l’oxygène et créèrent ainsi une mince couche d’ozone indispensable pour filtrer les rayons de notre soleil.
A leur grand plaisir, ces algues purent admirer le résultat de leur travail. En se rapprochant au plus près de la surface, elles admirèrent le magnifique ciel bleu qu’elles venaient d’inventer. La vie sur terre était devenue possible et bien vite, pour nous tout du moins, les végétaux marins s'apprêtèrent à s'essayer à relever ce nouveau défi. Subsister hors de l’eau.
L’heure de la colonisation terrestre avait sonné. Et vite !

Nous, les végétaux supérieurs, n’avions que peu de temps devant nous ! Hélas, mille fois hélas, la rapidité n'est pas notre fort !
Il faut dire à notre décharge que les minéraux, ces pauvres tas de cailloux, se vengeaient de nos railleries sur leur immobilisme. Ne voilà pas que ces amas de pierres destinés à redevenir poussière prenaient un malin plaisir à bouger, à émerger du fond des mers puis à y retourner au gré de cataclysmes dont ils ont seuls le secret.

Il était déjà trop tard ! Le mal était fait. Dans notre précipitation à trouver le meilleur moyen pour sortir de l’eau et d’évoluer en gardant nos inestimables caractéristiques, nous avions commis l'irrémédiable ! La création de l’ordre animal ! Eux aussi faits de chair et de sang, enfin, faits de leur chair et de leur sang !
Rien à voir avec nos spécificités uniques destinées à régner sans partage sur cette boule que vous nommerez bien plus tard la Terre !

Nous le reconnaissons volontiers, tout ce patacaisse est entièrement de notre faute
Un peu trop de fer dans notre système circulatoire et le sang était né. Au départ fort proche de nous, en terme de composition, ce système sanguin permit l’apparition de ces êtres fourbes, imprévisibles et gesticulateurs. Vous les nommerez "Animaux". Tu parles ! De sacrés empêcheurs de tourner en rond, oui !

Et comme si ça ne suffisait pas, ils se sont permis de se multiplier et de se différencier à vitesse grand "V".
En tous les cas, beaucoup trop rapidement pour nous, nom d'un chrysanthème ! Nous n'avons rien pu faire. La faculté d'adaptation de ces olibrius sur pattes, ou pas, dépassait de loin nos maigres facultés de réaction.

Des animaux apparaissaient maintenant chaque jour ! Et oui ; nous, végétaux de toutes espèces, étions maintenant menacés par de nouveaux rivaux. Pourtant, jusqu’alors, nous étions les plus rapides.
C’est vrai que les minéraux n’étaient guère réputés pour leur célérité. Si nous en plaisantions depuis le fond des âges, nous comptions quand même sur eux pour ne pas trop se déplacer. Sinon ou aurions-nous pu nous accrocher pour vivre et nous développer ?
Alors quelques-uns parmi-nous, les végétaux supérieurs, décidèrent de partir la haut, à la hâte, sur la terre, pour échapper à ces monstres grouillants que nous avions engendrés par mégarde.

C’est sous la forme de petites mousses et de lichens que nous nous sommes arrimés la haut, sur le sol. Exactement comme nos frères de l'ordre végétal qui s'étaient sacrifiés en stoppant leur évolution pour permettre la notre là-haut, hors de l'eau. Une fois conquise, la terre nous offrait un espace réservé rêvé pour nous épanouir. Nous nous sommes diversifiés, tant et si bien, que rapidement plus un centimètre carré ne pouvait échappe à notre conquête. Nous avions un nouvel espace où évoluer sereinement !

Une partie d’entre nous s’est de nouveau sacrifiée pour fabriquer l’oxygène nécessaire à la survie de l’organisme nos têtes pensantes, de nos espèces dirigeantes. Magnifique don de soit qui vous permet d’admirer chaque week-end lors de vos promenades nos vaillants ouvriers, les arbres.
Mais elles ne restaient pour nous que le moyen d’arranger ce pauvre amas de rocaille qu’était au départ notre petite terre.
Là bonne marche de notre plan de conquête était à ce prix puisque ces satanées bestioles s’étaient invitées, elles aussi, sur nos terres émergées, mettant en danger notre existence. C'est que ça n'arrête pas de respirer ces animaux, et sans aucune contre partie pour le bien être des autres habitants de la planète.

Nous avions pourtant bien réfléchi, tout planifié avec soin. Mais la capacité d’évolution des animaux nous a pris de vitesse. Nous ne pouvions aller plus vite. Il faut que vous compreniez que notre raisonnement n’est pas individuel mais collectif.
Nous, les végétaux supérieurs, sommes tous reliés et la moindre décision prend énormément de temps. C’est la clé de notre supériorité sur ces bestioles volatiles et superficielles, rampantes, courantes et volantes en tous sens, engagées dans une lutte chaotique pour être à la pointe de leur misérable évolution.
Nous, c’est l’inverse ! Nous partageons tout. Des systèmes nerveux et sanguins qui sont communes à toutes nos espèces, courent en réseaux infinis pour aboutir à une stratégie de développement mûrement réfléchie commune à nous tous.
A peine avions nous mis au point un système de reproduction impliquant nos «chères bêbêtes» et l’ingestion par elles de notre nouvelle invention, la graine que… Vlan ! Il était déjà trop tard !

Le temps que les tapis de mousses qui nous relie les uns aux autres nous fassent parvenir les différentes informations et voilà que ces maudits animaux ne nous trouvent plus à leur goût ! Ils ne veulent plus de nos graines, trop pauvres en apports nutritifs et trop proche de leur propre système corporel, nerveux et circulatoire. Ils se refusent à manger notre semence et donc à les disséminer. Ils se contentent de nos cousins, simples végétaux.

Plus de descendance, plus d’avenir ! Et en moins de temps qu’il ne faut pour qu’une de mes branches ne pousse assez pour caresser ma bien-aimée et voilà que notre territoire s’est réduit comme une peau de chagrin. Quelques larges vallées à l’image de celle du rift africain, c’est tout ce qui nous reste.
Bien pire encore ! Les aléas climatiques de notre planète, avec ses périodes chaudes puis glacées, nous font disparaître de nos derniers sanctuaires et nous obligent à nous réfugier sous le sol, sous forme de graines, attendant l’arrivée d’un hypothétique sauveur…

Mais même les animaux commettent des erreurs.

Ils ont engendré ceux qui s’appellent les hommes ! Mais personne à cette époque ne pouvait imaginer leur pouvoir de nuisance qui alliait inventivité et manque de réflexion à long terme, le tout, mâtinés d’égoïsme forcené et d’une et de soif de pouvoir soif de pouvoir sans égal. C’était maintenant à nous de dresser ces drôles de nouveaux bestiaux à deux pattes. Agiles comme ils sont, il est certain qu’ils vont pouvoir nous rendre ce que leurs ancêtres nous ont enlevé.

CETTE PLANETE EST NOTRE !




I ENFANCE


Chapitre 1


FUITE



-Je suis un meurtrier, je le savais mais non je l’ai laissé mourir ! J'ai tué ma mère. Mais pourquoi n'ai-je rien fait pour la sauver ! C’était pas sorcier non d’un chien !
Il repensait à sa mère, sa chère maman qu’il ne reverrait plus, tout comme aux jumeaux, deux adorables bébés sans défense qu’il avait laissés derrière lui sans se retourner. Il s’en voulait à mort pour cela. Il savait cependant au fond de son âme qu’il n’avait pas d’autre choix. A l’inverse, il ne se sentait pas du tout triste pour le ravagé du cerveau qui l’avait poussé à suivre son instinct, par la vie cataclysmique que leur avait imposée cette brute avinée.
- Un assassin, un pauvre minable de lâche d’assassin. Voilà ce que je suis !
Ces phrases et quelques autres du même acabit lui trottaient dans la tête depuis maintenant plus de deux heures. Deux heures à marcher sur cette vacherie de bas côté d’autoroute et avec deux gamins qui ne se rendaient compte de rien ! Il aurait aimé avoir en ce moment leur âge, à les regarder jouer comme si la vie se déroulait à l’instant présent.
Mais le moment était, il le sentait, plus à l’urgence qu’à la rêverie. Il lui fallait s’éloigner le plus vite possible plutôt que de penser à des âneries comme disait maman ou de revenir sur le « carnage » qui les avait mis tous les trois dans cette situation.
-Allez, les frangins ! Venez près de moi ! Si vous voulez qu'on ait une chance de rester ensemble, faites exactement comme je vous l’ai dit, non d'un chien ! Leur intima-t’il autant pour eux que pour se donner du courage et ne plus penser à ce qui s’était passé tout à l’heure.
Dehors, alors que l’orage se terminait, l’air se remplissait de l’odeur des herbes en train de sécher après un long été ensoleillé. Quand l’orage avait éclaté, ils avaient trouvé refuge sous la pile d’un pont qui enjambait de l’autoroute.
Malgré le vacarme du trafic automobile, le garçon commençaient à s’assoupir, accroupi, le dos appuyé contre le béton encore chaud de l’énorme pilier. Son blouson roulé en boule lui servait d’oreiller. Seuls ses cheveux longs et bouclés, son jean et son T-shirt noir qui lui collait à la peau, encore trempés l’empêchaient de plonger dans un profond sommeil. Les paupières lourdes, Il laissait son esprit vagabonder encore un peu sur les évènements qui s’étaient enchaînés depuis le début de la journée. Il gardait néanmoins toujours un oeil toujours sur les petits.
Après une bonne minute d’étirement, il décida qu’il était temps de songer à se remettre en route, de fuir le plus loin possible.
Vers où et comment, ça n’était pas d’actualité pour le moment.


****

Alors qu’ils s’étaient remis en marche, l’adolescent, longiligne à qui l’on aurait volontiers donné treize ou quatorze ans avec son mètre soixante-dix et ses grands yeux au regard triste, essayait de remettre de l’ordre dans ses pensées. Il ne voulait pas se laisser déborder par ses sentiments, le chagrin et la peur de l’avenir.
-D’abord eux et puis moi, D’abord eux et puis moi, ouais à moi plus tard ! Faire comme maman a dit! Les mettre en sécurité, c’est facile à dire mais qu’est ce que je vais faire d’eux…Bon sang ! Marmonna-t’il à voix haute sachant parfaitement que les petits ne l’entendraient pas pris qu’ils étaient par leurs jeux faits de courses et de cris.
Il ne voulait pas se l’avouer mais il sentait qu’il perdait de sa concentration à mesure que la fatigue, la faim et l’angoisse le gagnaient.
En regardant les deux bambins qui se trouvaient dix mères devant lui, il songea :
- En voilà deux pour qui la vie n’était pas devenue un problème ! Instantanément, un sourire apparut sur ses lèvres sans qu’il ne rende compte.
-Eh, les frangins ! Revenez un peu par-là, lança t’il. Qui veut terminer les chips ?
Les deux gamins se regardèrent un instant avant de partir au pas de course vers le paquet bleu et rouge qu’il venait de sortir de sa poche de pantalon et qu’il agitait aussi haut que ses bras lui permettait.
Pendant que les deux enfants dévoraient ce qu’il restait du paquet, l’attention du jeune adolescent fut attirée vers la sirène dont le son s’amplifiait à mesure que la voiture se rapprochait.
- Stop ! intima t’il aux bambins.
Les deux paires d’yeux se fixèrent immédiatement sur lui. Il continua prenant soin d’adoucir le son de sa voix comme pour jouer au « secret qu’il faut garder si on se fait attraper ».
-Vous vous souvenez des consignes, hein ! Vous entendez la sirène, pas vrai ?
Les deux petits hochèrent de la tête en même temps.
-Qui est capable de me les redire ?
Et les deux bambins de répondre à l’unisson : « on a perdu la voiture de maman et papa quant ils se sont arrêtés parce qu’ils se disputaient pour la route. Alors on est descendu pour voir dehors et la voiture est repartie… » C’est ça, hein ?
Et pour moi ? ajouta le garçon
-Si t’es avec nous, on vient juste de te rencontrer et si tu te caches bien et que personne te voit, on dit rien sur toi jamais-jamais c’est juré-craché, expliqua tout fière le plus grand des deux enfants.
Le garçon réussit à sourire, acquiesça avec un air complice destiné aux « frangins », et ajouta :
-vous entendez la sirène qui se rapproche ? Voilà ce dont il faut se méfier. Alors on fait comme pour les autres, hein ? Dès qu’elle se toute proche, vous irez vous cacher dans l’herbe, là, à côté du pont et moi, je serai plus haut, derrière le « gros-poteau-gris » pour vous surveiller. Si la voiture s’arrête, vous courrez vers elle et dites au policier ce que vous venez de me dire….. Et n’oubliez pas de pleurer, ok ?
C’était la quatrième fois qu’une sirène se faisait entendre puis passait sans même ralentir. A chaque fois le jeune garçon retenait son souffle puis criait qu’il fallait se cacher et que les deux »frangins et lui-même ne plongent dans les hautes herbes du bas côté de l’autoroute. Il espérait tant que la nuit arrive et qu’il trouve une échappatoire facile d’accès pour les petits à cette maudite autoroute. « Leur sécurité était l’avenir » répétait souvent sa mère. Il repensa à la décision de fuir qu’il avait pris pour la première fois sans lui en parler.
Il repris ses esprits, la sirène retentissant beaucoup trop fort. Il cria :
-Allez, tout le monde se cache. Vite la sirène est forte. Un, deux, trois, courrez, courrez vite !

***

Les deux petits gamins prirent leurs jambes à leurs cous et plongèrent dans l’herbe en s’esclaffant. L’adolescent, l’air grave, les regarda faire avant de remonter sans perdre une seconde la pente en ciment de la pile du pont pour se mettre derrière, bien à l’abris, de manière à pouvoir observer les gamins.
C’est à ce moment qu’un frisson le parcouru. Comme lors de « l’accident ». Ne se fiant plus qu’a son instinct, il décida de remonter plus haut, passant même par-dessus la barrière pour se retrouver sur la route enjambant à cet endroit l’autoroute sur laquelle ils marchaient jusqu’à là.
Dommage que les gamins ne puisse escalader cette barrière, regretta t’il en regardant les piques en haut des barreaux de la grille. Mais là, il devait se protéger, il le sentait. De cette manière, il était sur de pouvoir se sauver si les frangins se faisaient attraper. Et il était prêt à en mettre sa main à couper que cela allait arriver. La sueur qui lui coulait le long de la nuque ne l’avait jamais trompée jusqu’à ce jour. Cela aussi loin que sa mémoire lui permette de remonter.
La voiture de police passa devant eux et sembla disparaître lorsqu’elle se rangea vivement sur la bande d’arrêt d’urgence et stoppa nette, coupant sirène et moteur. Alors qu’un silence étrange régnait quelques instant, le garçon couché sur le trottoir du pont, vit presque simultanément les deux bambins se redresser, se figer avant de replonger lorsque la voiture de police entama une marche arrière. Quatre autres véhicules de police apparaissaient à quelques centaines de mètre de là, côte à côte, barrant l’autoroute et avançant sans se soucier des limitations de vitesse, gyrophares allumés et sirènes hurlantes.
- Mais quel crétin ! Pourquoi j’ai pas pensé à changer de route avant ! Y’avait qu’à monter sur un pont comme je suis maintenant, on y serait arrivé si j’avais vraiment voulu et s’en aller par les petites routes, bon dieu ! Y’en a tous les cinq cents mètres, quel abrutit je fais, c’est pas possible. C’était simple d’y penser, quand même ! S’auto-flagella t’il.

L’adolescent n’attendit pas de voir ses « frangins » se faire embarquer dans les véhicules pour commencer à se mettre en marche sans se presser. Sûr des réponses que feraient les enfants, tout du moins jusqu’à ce qu’on les conduise à un poste de police pour les entendre.
Il ressentit même un soulagement mêlé de honte à se voir ainsi libéré d’une telle responsabilité.
- C’est certain que je m’en sortirai mieux tout seul pour le moment. Mais quand tout le bazar se sera calmé, je les récupérerais et je m’occuperais d’eux. On continuera à vivre ensemble jusqu’à ce qu’ils soient grands. Ouais, je l’jure !

En même temps, sachant parfaitement que ce ne serait pas aussi simple, il se fit le serment de les revoir un jour, et de leur révéler la vérité. Enfin de la toute petite partie de vérité qu’il avait pu glaner depuis qu’il était petit.
Il s’éloigna vers l’Est, il sentait le soleil lui réchauffer le dos. Il fredonnait sans s’en rendre compte : « tout va bien, je vais bien, tout va beau, il fait beau…… » Une comptine que sa mère fredonnait quand il n’était encore qu’un enfant comme un autre.













II

UN JOUR COMME LES AUTRES



Le garçon marchait sur le bas côté de la route depuis plus de deux heures. Le paysage fait d’une succession de champs de maïs aux plants maigrelets et autres cultures desséchées par ce long été torride se transformait en ombres mouvantes au fur et à mesure que la nuit tombait. Les montagnes posées sur la barre d’horizon finissaient de donner le ton à ce panorama infini et un tantinet angoissant pour celui qui prenait le temps de le regarder.
Il ne voyait rien de tout cela. Il était totalement absorbé par ses pensées. Il se replongeait dans les évènements qui l’avait amené jusqu’à cette route. Son esprit avait cette faculté de faire remonter à la surface des souvenirs incroyablement précis. En contre partie, sa conscience du présent disparaissait totalement. Une soucoupe volante aurait pu se poser devant son nez qu’il ne s’en serait pas aperçu.


Ah, cette merveilleuse période de sa vie !
Il boudait, râlait, pestait, pour ça oui ! Et pour la millième fois ! Et oui, il se refusait à pardonner encore une fois à cet abruti l’alcool, les insultes, les humiliations et surtout les coups. S’il voulait la guerre, il allait l’avoir… ce vieux chnoque, cette bourrique mal embouchée !
Cela ne pouvait plus durer, ni pour sa mère ni pour lui pas plus que pour les « frangins » ou les jumeaux. Il s’en faisait le serment, il allait les tirer de cette triste vie qui les menait tout droit vers la désintégration.
Le garçon, calé à l’arrière du pick-up entre bâches, couvertures élimées et divers petits engins agricoles en très mauvais état comme le personnage à qui ils appartenaient, ressassait encore de sombres pensées après la «dispute» de tout à l’heure.
Heureusement cette engueulade n’avait pas dégénérée en « guerre des tranchées » grâce au manque de carburant, le précieux alcool du cogneur en chef. Son envie de refaire le plein au plus vite l’avait stoppé nette dans sa quête de violence.
Les petits ne pipaient mots et étaient collés l’un contre l’autre, face à lui à l’arrière du pick-up. Ils semblaient encore sous le choc de la violente altercation de la veille et de la scène de la matinée.
Le jeune adolescent se sentait responsable de leur sécurité. Il lui fallait absolument se débrouiller pour qu’ils ne soient pas eux non plus pris dans cette tourmente de violence. Cette sombre période avait commencé quand sa mère avait emménagé avec « un homme qui serait d’un grand secours le moment venu ». C’est tout ce qu’elle avait accepté de dire avant que l’enfer ne commence à s’abattre sur eux. Avant qu’ils n’emménagent chez l’homme des cavernes dans toute sa splendeur. Depuis, malgré ses questions répétées avec insistance, sa maman lui faisait comprendre le sens de l’expression : « No comment ». Elle aussi courbait l’échine et essayait comme elle pouvait d’éviter les affrontements avec le néandertalien. Et cela se révélait aussi simple que de traverser les chutes du Niagara sur une corde à linge !
-Non c’est plus possible, faut qu’j’arrive à sortir maman et les enfants de cet enfer !
Tout en parlant à voix basse sans s’en rendre compte, il repensait à cette période, la plus noire de sa vie.
Il avait fallu trimer du lever au coucher du soleil à des tâches abrutissantes pour le corps et l’esprit pour entretenir « le ranch », un peu comme dans la série télé « la petite maison dans la prairie » mais en version gore. Et ça c’était la partie facile de cette vie. Parce qu’une fois rentré à la ferme il fallait supporter les soirées où la télé était loin de jouer son rôle de catalyseur d’attention. Elle gisait au sol dans un coin du salon depuis une bonne semaine. Depuis le moment où beau papa l’avait achevée à coups de pelle la prenant pour cible hallucinatoire après « qu’un sale coyote ne se soit introduit dans la maison ». Il avait déclaré cela, tout fier de lui, un filet de bave coulant au travers de son large sourire édenté après avoir tué « l’animal », achevé les derniers grésillements du tube cathodique.
- Si seulement il avait pu s’électrocuter, le poivrot ! Les petits ne pouvaient même plus s’évader un peu par la petite lucarne de la tempête perpétuelle qui agitait leurs vies en regardant une émission pour enfants ou un documentaire sur le réel mode de vie chez les « gens normaux ».

Ah la ferme ! Cette bâtisse gisait là, au milieu de rien, au milieu d’une étendue infinie de champs racornis par un été trop long, trop sec.
Elle ressemblait plus à la cabane du grand méchant loup dans les dessins animés qu’à une réelle habitation. Avec ses longues planches clouées essayant de masquer les trous des murs, les restes de peinture bleu azur qu’on discernait encore par endroits et ses fenêtres cassées réparées par de larges bandes de plastique de toutes les couleurs. Il fallait le reconnaître, Mister Bibine possédait l’art du recyclage des déchets industriels et autres objets du moment qu’ils ne coûtaient rien. Ouais il fallait la voir pour y croire! On nageait vraiment dans la quatrième dimension !
S’il ne s’était pas senti d’humeur aussi morose, il en aurait volontiers rigolé. Non décidément, cette ferme n’avait rien du havre de paix campagnard qu’il avait imaginé quand maman l’avait prévenu de leur prochaine destination. Le garçon n’avait pas non plus imaginé qu’en plus des corvées du jours, bonnes pour le corps et l’esprit selon l’homme qui les hébergeait, il y aurait à subir les « cours du soir ».
Ce surnom qu’il avait donné aux « veillées familiales » arracha un sourire à l’adolescent. Sourire qui ressemblait plus à une grimace de douleur tellement hier soir, « papa », comme sa mère lui avait demandé de l’appeler, du moins en public, n’y avait pas été de main morte. Son visage tuméfié et le reste de son corps douloureux étaient des rappels constants de l’urgence de la situation.
Mais il tenait bon et mettait toute son énergie à défendre les enfants, ce qui ne le rendait pas peu fier de lui tant les occasions de baisser les bras étaient nombreuses. En plus, ce combat pour les petits lui évitait de penser à des fuites définitives du style coupage de veine ou pendaison.
Ils étaient quatre, les mioches. Les jumeaux et surtout les « frangins ». Agés de cinq et trois ans, ils étaient arrivés le même jour que lui et sa mère à la « ferme des horreurs ». Et bien vite le jeune adolescent s’était juré de tout faire pour éviter que cette période ne les traumatise à vie. Il avait donc édicté avec les deux enfants un certain nombre de consignes pour leur éviter le pire. Sa mère, elle s’occupait de protéger des deux bébés, il le voyait bien à la manière dont elle les couvait. Elle ne les connaissait pas mieux que lui, puisque oncle Linen en personne s’était chargé de les confier à maman deux jours avant leur départ pour ce lieu de paix et de sérénité qu’était « le ranch ». Mais son expérience de mère et son instinct surdéveloppé, protègeraient les jumeaux de l’alambic ambulant.

Si pour l’instant les « frangins » n’avaient pas été touchés dans les affrontements, c’était uniquement parce qu’il avait rapidement fait appliquer les règles du « tu ne m’attraperas pas le monstre » dès que la brute avinée était à la maison. Le jeu consistait alors à se rendre sur l’un des cinq « plateaux d’invisibilité », cinq lieux sûrs et suffisamment éloignés du « monstre-poilu-à-grandes-dents », et de n’en sortir uniquement qu’au moment du repas. Le gagnant étant celui des deux bambins qui avait su rester « invisible »jusqu'à ce que l’adolescent ne vienne les chercher.
Ce stratagème avait pour l’instant porté ses fruits, les deux enfants n’ayant presque pas pris de coups. Il faut dire que son « charmant papa » ne cherchait pas à se faire apprécier des enfants par une attention de chaque instant ni par sa volonté de se montrer comme un beau-père aimant et tendre. On pouvait lui rendre justice, l’hypocrisie ne faisait pas partie de ses défauts ! Comme il l’avait dit dès la fin de la première semaine, il se foutait des mioches, ne voulait pas les voir ni entendre le moindre son sortir de leur bouche. Et qu’on compte pas sur lui pour s’occuper en plus des « p’tits gueulards » avait il ajouté, agitant un pack de bière à la main. De cette phrase mémorable, le garçon avait bien compris que le maître des lieux parlait des deux enfants et des jumeaux qui d’après sa mère n’avait que six mois. C’est à ce moment qu’il s’était juré de les tenir au maximum à l’écart des coups et autres objets volants qui avaient commencé, dès leur arrivée, à tomber aussi dru que les mauvaises herbes poussent au printemps.
Mais pourquoi donc sa mère avait pu envisager une seule seconde que cette cohabitation aurait la moindre chance d’être bénéfique pour eux, non d’un chien ! Comment cette brute labellisée « pur malte » pourrait leur être d’une quelconque utilité ? Même à jeun, ce qui était rare, il n’ouvrait la bouche que pour menacer sa mère ou lui promettre de funestes châtiments si ses ordres extravagants n’étaient pas suivis à la lettre.
Il avait fallu rapidement faire une croix sur le futur et d’essayer de faire projets d’avenir. Il n’était question que de survivre, de s’adapter et de subir. Les mêmes journées, les mêmes soirées, les mêmes moments de folie, de violence gratuite. Voilà le quotidien qu’il fallait supporter. Et ce quotidien commençait sérieusement à peser lourd !
- Comment maman avait elle bien pu accepter de s’embarquer dans cette galère ? Cela devait bien faire mille fois que l’adolescent se posait cette question. Il s’était d’ailleurs juré de demander un jour des comptes à ce fameux oncle Linen sur le pourquoi de leur regroupement dans cet enfer. Enfin, bien évidemment dès qu’il lui aurait la possibilité de rencontrer ce Monsieur dont il ne connaissait que le célèbre : « Allo ! Salut petit ! Tu me passes ta mère s’il te plaît ? ». Cela quand il décrochait par curiosité le téléphone, transgressant ainsi les règles sacrées de la vie avec sa mère.
- Maintenant ils se retrouvaient à sept sous le même toit, dans le trou du cul du monde ! Faudrait qu’un jour elle aussi lui explique cette parenthèse dans leur passage en ce bas monde. Si la stabilité n’avait jamais été le maître mot de leur vie passée, elle n’avait jamais connu de sommet de méchanceté et de misère humaine comme ces derniers temps.
Il lui avait toujours fait une absolue confiance dans ses choix, mais là, il n’y comprenait plus rien.
Pourquoi étaient ils partis de leur « super nouvel appartement » en ville pour venir s’installer dans ce trou noir terrestre seulement trois semaines après que sa mère eut rencontré « le king of the vinasse ». Lui qui entretenait les espaces verts de l’école dont elle était la nouvelle sous- directrice ? Pourquoi avait il du quitter ce splendide collège dont il était lui-même élève pour se retrouver à « castagne ranch » ?
Et pour quoi ce déménagement précipité après qu’oncle Linen eut téléphoné de son confortable triplex de Parc Avenue alors qu’il était intervenu en personne auprès du rectorat pour qu’elle obtienne ce fameux poste? Madame « La-sous-directrice ». Ça en jetait autrement mieux que « Miss-sous-bonniche » du sac à vin, non ?
Ces questions le rendaient fou et il évitait d’y penser se concentrant sur son morne quotidien.

Qu’il n’aille pas à l’école, il pouvait le comprendre, cela lui était déjà arrivé par le passé. Mais que sa mère accepte d’être une esclave domestique et serve de punching-ball jusqu’à ce qu’il soit obligé d’intervenir et dérouiller à son tour pour rien ! Pour qu’à la fin, ils soient tous deux tabassés jusqu’à y rester à terre, inerte et juste assez conscient pour ne plus bouger. Non vraiment, il ne comprenait plus rien !
Il lui fallait agir ! Pas besoin d’être devin pour sentir l’urgence de la situation. Surtout depuis qu’il avait entendu « beau-papa » discuter au téléphone, sûrement avec oncle Linen, vu son ton courtois et déférent. Il était question entre autres d’un départ au printemps prochain pour la côte est. Si c’était de leur départ dont il s’agissait, le printemps prochain paraissait une date dépassant largement la date limite de consommation. D’ici là, ils seraient déjà partis mais les pieds devant. Alors oui, il lui fallait agir. Au moins tenter quelque chose pour éviter le pire.

Sa décision était prise. Il se devait de profiter de la première opportunité qui se présenterait. Pour la première fois de sa vie, il n’avait rien dit de ses projets à sa mère. Il ne voyait pas d’autre issue à cette situation, sinon la mort. De qui ? La sienne, celle de sa mère ou comme il le désirait de plus en plus, celle de cette brute dégénérée.
Le garçon n’attendait plus qu’une occasion. Il devenait urgent qu’une opportunité se présente car il n’était pas sur que lui et maman puissent encaisser encore un an sans dommage irréversible les coups de poings, de bottes et de tout ce qui passait entre les mains de ce primitif.
Cependant depuis une bonne dizaine de jours il faisait chaque nuit des rêves d’une autre vie. Des frissons le parcouraient sans cesse, sans qu’il n’arrive à déterminer s’ils venaient en réaction des coups reçus ou comme des signes annonciateurs d’un changement, du passage à l’action. Mais voyant sa mère résignée comme il ne l’avait encore jamais vu, il redoutait que le changement ne puisse se dérouler sans qu’il n’ait à agir seul. Et cela lui faisait peur tant il était habitué à toujours demander l’avis de sa mère.

C’était à lui d’être sur ses gardes pour éviter tout incident si quelque chose devait se produire. Il était maintenant assez grand pour savoir que sa mère avait accepté de ne pas mettre les voiles avant la date fixée, si celle-ci, qu’il avait entendu au vol d’une conversation téléphonique, les concernait bien. Sans compter que ses frissons, sensations, rêves et autres sueurs froides indiquaient le plus souvent une partie de la vérité future, il le savait maintenant depuis plusieurs années. Même s’il n’arrivait pas à mettre un terme exact sur ce qu’il ressentait, ces signes annonçaient quelque chose de mauvais du genre changement radical. Ou alors ce n’était que les signes que son corps douloureux et couvert de bleus ne tiendrait plus longtemps.
-Ouais ! c’est plus pas possible et faut qu ’ça change. Il avait terminé ses réflexions là dessus, ballotté à l’arrière du pick-up, sur le chemin de « Pochtron-ville ».







III

Allons faire les courses en famille



En cette fin de matinée d’été chaude et humide, ils se rendaient au supermarché pour faire les courses destinées à les sous-alimenter une bonne semaine. Sa mère n’allait encore prendre que le strict nécessaire pour les jumeaux couchés dans un panier sur ce qui faisait office de banquette arrière au pick-up. Faire les courses, consistait essentiellement à faire le plein de toute boisson dont l’étiquette signifiait bien la mention alcool avec si possible des slogans du genre « dont l’abus est dangereux pour votre santé ».
Ce jour là, il avait pris sa décision. Il y avait pensé toute la nuit. Faut dire qu’avec la tannée qu’il avait pris la veille, le sommeil avait été long à trouver.
Sauver au moins les deux bambins et lui-même en sautant du véhicule dès qu’il ralentirait suffisamment pour que les « frangins » ne puissent être blessés. Pour sa mère et les jumeaux, le garçon avait tout mis en place : fuir, rester à proximité de la « ferme » et intervenir quand le « Barbare » serait endormi du sommeil du juste ivrogne. Après ? S’enfuire le plus loin possible de cet endroit maudit. Même s’il lui fallait pour ça traîner sa mère par les pieds.
A cet effet, il avait déjà dérobé le double des clés du pick-up et ne doutait pas un seul instant de parvenir à conduire ce véhicule si l’habituel conducteur y arrivait dans l’état d’ébriété constante où il se trouvait.
D’un seul coup l’adolescent sentit monter une forte nausée puis une boule dans la gorge qu’il ne connaissait que trop bien. Quelque chose allait se passer, c’était imminent. La dernière fois qu’il avait connu de sensations d’une telle ampleur, c’était il y a environ trois ans avec sa tante Louise, c’était du moins comme ça que sa mère l’appelait.
Tante Louise commençait à escalader ce qui allait se révéler son dernier escabeau alors qu’il jouait à l’étage. Dans son tailleur élégant, provenant directement des derniers défilés parisiens, sa chère tante Louise, une ampoule à la main, glissa sur l’avant dernière marche et chuta lourdement sur le somptueux carrelage en marbre de carrare. Si elle eut le réflexe de lever le bras, gardant ainsi l’ampoule intacte, elle ne sut jamais que son ampoule allait finir classée dans un sachet plastique comme pièce à conviction, remisée dans les archives de la police. Il garderait toujours en mémoire ce contraste saisissant entre le sang qui s’échappait de son cuir chevelu et le blanc immaculé du sol lorsqu’il la découvrit. Mais là, à cet instant cela n’avait rien de comparable. Durant un instant, le garçon cru bien qu’il allait tomber dans les pommes.
Il tentait à cet instant de surmonter sa nausée et de se redresser comme il le pouvait alors que la voiture freinait pour amorcer son virage d’entrée sur la bretelle d’autoroute. Il fut à cet instant repris de terribles vertiges et faillit passer par-dessus le rebord de la plate forme du pick-up tant son corps était secoué de spasmes nerveux. Sa vue se brouilla un dixième de seconde. Les yeux révulsés, l’adolescent eut une vision distincte. Un énorme monstre bleu et argent, brillant de mille feux, fonçant à la vitesse d’une comète dans sa course folle. La boule de feu jaillissant de la gueule béante du monstre engloutissait tout ce qui présentait à elle, hommes-pantins et objets roulants en tout genres. Le tout, dans un vacarme sonore digne de l’apocalypse.
Le garçon retrouvant une partie de sa vue par au prix d’un douloureux effort, sentit toute l’urgence de la situation. Même si ces images sorties tout droit de sa tête ressemblaient fort aux BD de mangas japonais qu’il affectionnait de lire avant leur installation chez « soûlard le barbare ». Ces images lui intimèrent de passer à l’action malgré une « forte migraine ». ah, ah ! Il ne voyait encore que d’un œil, et encore tout flou avec une magnifique couleur sépia.
Il fit l’effort de se redresser et tendit sa main qu’il savait tremblante sous l’effet de son mal de crâne en direction des enfants qui le regardaient inquiets. Il leur enjoignit fermement de le rejoindre, ramassa deux vieilles couvertures qu’il leur tendit en leur enjoignant de bien les garder en boule devant eux et leur dit de se tenir prêt. Les deux bambins obtempérèrent sans piper mot en constatant le ton caverneux de sa voix, la blancheur de son visage et son regard vitreux.
Alors que le pick-up s’arrêtait au stop pour traverser la route et s’engager sur la bretelle d’autoroute, le jeune garçon su que le moment de changer leurs destins était venu. Il empoigna les enfants comme il le pouvait passant ses bras sous leurs aisselles, leur répétât de bien maintenir leur couverture devant leur visage et avec une force étonnante pour son age, les souleva par les aisselles et sauta de la voiture.
Sa chute se passa pour lui comme au ralenti. Alors qu’ils étaient encore en l’air, il croisa le regard de sa mère dans le rétroviseur. Il lui sembla à la fois doux et plein d’encouragements. Mais surtout il avait tout d’un regard d’adieu. La réalité repris vite ses droits quant ils s’écrasèrent tous trois dans l’herbe du bas côté de la route. Après un long roulé-boulé, ils s’arrêtèrent enfin en bas d’un talus. L’adolescent s’assura que les deux petits n’avaient rien et après avoir repris son souffle, leva la tête vers le pick-up qui entrait sur l’autoroute.
C’est en regardant sa mère s’éloigner qu’il aperçu du coin de l’œil, un fantasmagorique semi-remorque bleu aux par choc et calendre chromés brillant sous le feu du soleil apparaître au loin sur l’une des voies inverses. L’inquiétude le submergea instantanément.

Ils descendirent la bretelle d’autoroute et partirent à contre sens en avançant aussi vite que le permettait les petites jambes des « frangins ». L’adolescent ne cessait de se retourner, de regarder en arrière, dans la direction du pick-up où se trouvait encore sa mère. Le garçon poussa soudainement les petits dans l’herbe. Le monstrueux camion venait de les croiser. Il savait pertinemment que quelque chose de terrible allait se produire. Le dernier regard qu’il avait eu de sa mère laissait maintenant flotter dans son esprit à la fois un sentiment d’une tristesse infinie et d’une passation de témoin.





IV

ACCIDENT

Le chauffeur de l’énorme poids-lourd raccrocha le téléphone, embrassa la croix qui se balançait au rétroviseur et saisit le petit boîtier de télécommande sur la plage avant. Il hésita quelques secondes et appuya sur l’unique bouton de la commande à distance, sachant pertinemment que cela était un moindre mal pour lui et sa famille. S’il réchappait de ce qui, allait suivre, il se jura de ne plus jamais faire monter de femme sur le couchage de la cabine de son camion. Cette fois le prix avait été trop fort à payer. Beaucoup trop fort !
PAN !
Le camion se mit soudain à zigzaguer dangereusement. Le pneu avant droit venait d’éclater. Le chauffeur eut le mauvais réflexe de freiner trop fort, privant ainsi la gigantesque machine de toute direction. Le camion déjanta, fonça tout droit en direction du pick-up en traversant le terre plein central de l’autoroute sans ralentir le moins du monde malgré les efforts désespérés du chauffeur. Il percuta le vieux véhicule de « gnôle-man » à l’avant droit et continua sa route, écrasant littéralement dans sa course meurtrière, une voiture de sport, une familiale et un quatre-quatre. Il continua sa route, fracassant la barrière de sécurité et s’engouffra dans le sous-bois avant de s’encastrer dans un sapin. Le moteur toussota, rejetant un nuage de fumée noire puis s’arrêta de tourner.
La voiture où se trouvait sa mère commença, au moment de l’impact, à entamer une série de tours sur elle-même avant de basculer sur le côté. Des morceaux du vieux pick-up volèrent en tout sens pendant qu’il continuait sa glissade. Le garçon pu distinguer furtivement que la plus grande partie du capot, des ailes et de l’habitacle avaient disparu au moment ou la voiture traversa à son tour la séparation plantée d’herbe de l’autoroute. Perdant de la vitesse le pick-up ou ce qu’il en restait fut percuté violemment par une berline de luxe noire et brillante dont le conducteur n’eut pas le temps de juger de sa folle trajectoire. Les restes de tôle glissaient dans une traînée d’étincelle sur le bitume avant de s’arrêter ou d’être percutés par d’autres véhicules comme sur un gigantesque tapis de billard. Un motard, au mauvais endroit au mauvais moment, s’envola en rencontrant une des portes du pick-up. Ce n’est que deux cents mètres plus loin que les diverses épaves fumantes s’arrêtèrent enfin. Le silence ne fut alors troublé que par quelques crissements de pneus provoqués par des conducteurs arrivant sur le lieu du carambolage et voulant éviter de se rajouter au carnage qui se présentait à leurs yeux.
C’était fini. Il n’y avait plus rien à voir. Le garçon laissa traîner encore quelques instants son regard, revoyant le sourire énigmatique de sa mère dans le rétroviseur alors qu’il sautait de la camionnette. Puis, comme elle lui avait appris depuis longtemps, il se re-concentra en se fixant un objectif précis : Les « frangins ». L’esprit à nouveau clair, il décida de ce qu’il fallait faire. Se tirer de cet endroit au plus vite.
Il saisit fermement chacun des deux enfants par la main et les entraîna rapidement de l’autre côté de l’autoroute vers le sous-bois et sa pénombre salvatrice.
Plus rien ne les retenait là. Il lui fallait mettre d’urgence une distance suffisante avec le lieu de l’accident où l’on avait pu les voir avant de pouvoir songer à l’avenir.
Avenir dont sa mère et les jumeaux ne faisaient plus partie vue les restes déchiquetés du pick-up. Des véhicules et les cris des premières personnes qui essayaient d’intervenir pour tenter de porter secours aux victimes de l’accident éparpillées sur une longue bande d’autoroute retentissaient. Toute circulation serait impossible pour un bon moment. Autant en profiter. Le garçon décida de traverser l’autoroute et, tenant toujours les gamins par la main, commença à marcher d’un bon pas sur la bande d’arrêt d’urgence
Ils étaient l’avenir. Sa mère et ses nombreux "tantes et oncles" qui avait eu l'occasion de rencontrer au hasard des nombreuses pérégrinations qui avaient ponctué sa jeune existence, n'avaient eu de cesse de le lui répéter. Mais surtout, il le ressentait violemment dans l'ensemble des cellules qui constituaient son être.
Ne pas se tromper pour eux trois relevait de sa responsabilité dès cet instant. Et il espérait que cela serait pour un long moment. Soudain, il fut écrasé par ce nouveau fardeau. Le doute l’envahi un instant avant qu’il ne déclare d’une voie faussement assurée :
-Allez, en route les « frangins » Tout droit, c’est toujours tout droit qu’il faut aller. Et la tête haute, non d'une petite souris! Tenta t il pour détendre l'étau qui lui oppressait le sternum plus que pour faire rire les enfants. Et n’oubliez pas ce qu’on a appris ensemble !

Ils partirent tous trois, aussi vite que les jambes des petits leur permettaient d’avancer, essayant de mettre le plus de distance possible avec le lieu du carnage routier qui bouleversait encore une fois cette satanée destinée.
Cet avenir trouble et incertain qu’il aurait à bâtir lui, le pré-pubert, orphelin qui devait disparaître au plus vite avec deux jeunes enfants. Et pour couronner le tout, il fallait échapper à un ennemi que la seule personne capable d’identifier venait de mourir.
- Maman, maman dans quels draps me suis-je fourrés !
Après quelques centaines de mètres, ils ralentirent l’allure. L’adolescent, laissant les deux enfants à leurs jeux, éclata en sanglots, pleurant enfin de longues minutes à chaudes larmes. Sa mère lui manquait déjà tant.

V

Carla Allifesh.
(du côté de l’ennemi)

Si sa mémoire était bonne, ce dont elle doutait fortement, ça faisait bien longtemps qu’elle ne s’était pas sentie aussi bien. Tout se déroulait exactement comme elle l’avait prévue.
Bien calée dans le siège baquet de sa « Camaro », les cheveux au vent, c’était du pur plaisir. Ah les décapotables ! Même si le siège se trouvait être trop bas pour elle, putain de dieu que c’était bon de s’éclater comme au bon vieux temps !
Ben oui, on n’a pas toujours le temps de choisir le modèle qui vous mettra le plus en valeur quand il s’agit de dérober en moins de trente secondes une voiture sur un parking de supermarché.
Lancée à plus de 180 Km/H, slalomant sur toute la largeur de l’autoroute entre les camions, voiture et autres mobiles-homes nombreux en cette fin d’été propice aux migrations de populace. Carla se sentait enfin redevenue elle-même. Elle se fit d’ailleurs la remarque que quelques mois de « congés » de ce type lui ferait le plus grand bien. Terminées dit elle à voie haute, les longues journées assise sur un transat à siroter des cocktails en regardant l’immensité de l’océan et du vide de sa vie. Fini la marmaille braillant et les jeunes couples enlacés estampillés « just-married » dans des hôtels qu’ils ne pourraient s’offrir à nouveau que pour leurs vingt ans de mariage avec trimage intensif pour y arriver si leurs couples tenaient jusqu’à là.
Concentrée à l’extrême sur sa conduite, elle arborait cependant un large sourire en s’imaginant les événements qui devaient suivre d’ici à la fin de la journée.
-Se la jouer fine et récupérer le gros lot ! J’ai pas intérêt à me rater si j’veux pas me retrouver une nouvelle fois sur la touche, dit-elle en se remémorant le coup de fil qu’elle avait reçu en fin de semaine dernière qui lui annonçait sa participation à une nouvelle mission. Bref, qui signifiait son retour sur le devant de la scène.
Bien sur, les sirènes de police l’inquiétaient quand même un peu malgré l’habitude qu’elle avait de gérer ce type de situation. Mais ce qui la tracassait d’avantage c’était le son de rotor d’hélicoptère qu’elle discernait depuis un bon moment. C’était un petit désagrément dont elle se serait volontiers passée avant d’avoir récupéré le colis. Elle n’avait pas envisagé de rencontrer si tôt ce genre de problèmes dans le plan qu’elle avait élaboré depuis le mail salvateur qu’elle avait reçue il y à peine 72 heures. Si le but de la mission était clairement indiqué, Carla avait une totale liberté d’action pour arriver au but qu’on lui avait fixé.
Heureusement le temps jouait en sa faveur. Pas le temps de gamberger sur le pourquoi du comment, l’heure était à l’action !
Eclatant d’un rire aussi sonore qu’incongru à la vue des risques fous qu’elle prenait en conduisant de la sorte, Carla plongea la main dans la poche de son blouson en cuir pour en sortir ses trois fétiches. Sa flasque de vodka chromée, dont elle but sans attendre une bonne rasade, son pistolet automatique qu’elle arma et son téléphone portable.
Alors qu’ils atterrissaient tous trois sur le siège passager, elle planta un violent coup de frein. Elle venait de voir, furtivement, dans le rétroviseur, trois formes sauter d’un vieux pick-up et s’engager au pas de course sur la voie d’accès de l’autoroute.
Rapide dans sa prise de décision, Carla décida qu’elle se préoccuperait d’eux plus tard. Elle repris de la vitesse et empoigna son téléphone. Elle pressa sans lâcher le volant la touche de rappel et marmonna quelques mots sur un ton qui ne laissait guère de doute à son destinataire sur l’importance de lui obéir. Son interlocuteur devait agir maintenant, il en avait tout intérêt et en avait parfaitement conscience !
Le portable ayant retrouvé sa place à côté d’elle, la jeune femme entama quelques centaines de mères plus loin un magnifique tête à queue, traversant la séparation centrale de l’autoroute puis les autres voies de circulation pour s’immobiliser net sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autre côté de l’autoroute. Cette manœuvre insensée créa l’effet escompté : l’affolement général des automobilistes et une cascade de coups de freins, générant une panique totale dans le trafic. Des dizaines de véhicules partant en tout sens, zigzaguant et s’accrochant les uns, les autres avec plus ou moins de «bonheur». Une fois sa fidèle monture immobilisée, Carla en sortit prestement et se mis à retraverser à pied l’autoroute sans se presser pour s’arrêter sur le terre plein central au moment où un énorme camions bleu venait de percuter de plein fouet le vieux pick-up qui avait attiré son attention quelques secondes avant qu’elle ne sème la panique dans le trafic routier somnolent de cette lourde fin de journée d’été. Elle ne quitta plus des yeux les restes fumants du véhicule maintenant en miettes. Chaque morceau de la vieille guimbarde faisait l’objet de toute capacité de concentration. Quand plus rien ne bougea, Carla se précipita vers ce qui restait du pick-up, ouvrit la portière de la passagère et se saisit du couffin prenant le temps de s’assurer que les bébés étaient encore bien en vie aussi rapidement qu’un médecin urgentiste.

Elle se dirigea ensuite vers la cabine broyée du poids lourd, posa avec douceur le couffin par terre avant d’arracher le conducteur encore à moitié inconscient de son siège pour le projeter violemment d’une main ferme et professionnelle sur la terre du sous bois où le camion avait fini sa course, encastré dans un arbre.

Tout se passa alors trop vite pour qu’aucun des nombreux témoins ne puisse certifier à cent pour cent ce qu’ils virent.
Ils affirmèrent cependant tous qu’après avoir entendu un cri effroyable de la part du chauffeur du poids lourd, la jeune femme se releva, du sang coulant sur le visage, prit d’une main ferme une sorte de panier et repartie tranquillement vers son véhicule. Elle redémarra ensuite sue les chapeaux de roues pour prendre la bretelle de sortie qui se trouvait à une centaine de mètres de là. Dans les dix secondes qui suivirent le départ de la jeune femme le camion et tout ce qui se trouvait dans un rayon de cent cinquante mètres se désintégra dans une explosion dont le fracas s’entendit à plus de douze kilomètres.

La police ne retrouva la Camaro qu’une demi-heure après, abandonnée dans un champs de maïs. La femme, le couffin et le probable bébé qu’il contenait plutôt mort que vif vu la violence de l’accident semblaient s’être volatilisés. Les différents barrages de police dressés sur l’ensemble des routes du secteur ne donnèrent rien.

La plupart des corps et des véhicules ne purent être identifiés tant la violence de l’explosion avait été importante.
Le seul embryon de piste qui restait, fut l’arrestation de deux jeunes enfants. Des témoins et l’hélicoptère de la police, envoyé en renfort, qui au départ essayait de retrouver une voiture volée plutôt dans la journée, les avaient vu sauter en compagnie d’un adolescent d’une vieille camionnette quelques instant avant l’accident. Malgré un important dispositif, là encore la police ne put jamais mettre la main dessus. On entendit plus jamais parler de lui dans la région.
Après un mois d’enquête infructueuse, le chef de la police du compté fut contraint de démissionner suite au tir tors de barrage des médias régionaux. L’accident ayant provoqué la mort d’au moins huit personnes parmi les automobilistes se trouvant sur les lieux de l’accident et au moment de l’explosion qui en provoqua, lui, plus de trente. Cela sans compter les occupants du pick-up dont le nombre exact de personnes à bord reste toujours inconnu à ce jour.
Les enfants récupérés, un peu plus loin sur l’autoroute, sont restés trois jours en observation à l’hôpital. Semblant en état de choque, ils n’ont fourni que très peu d’informations mis à par leurs prénoms et le fait qu’ils étaient en route pour faire les courses.


VI



Courte fuite


Même si cela ne faisait que trois heures que le garçon marchait, il lui semblait qu’univers tout entier le séparait du monde où il vivait encore ce matin. Il en venait même à regretter la sécurité toute relative de la maison post Pop-Art du sac à vin.
Il était perdu dans ses pensées. Il lui fallait trouver des solutions de survie mais en était totalement incapable.
Il se retrouvait seul et savait qu’il était recherché par de nombreux ennemis. Ses amis, son clan ? Ils ne les connaissait pas. Il devait donc se méfier de tout le monde !
Qu’allait-il faire maintenant ?
Comment pourrait-il oublier qu’il avait senti quelque chose juste avant que l’accident ne se produise sans qu’il ne fasse rien pour prévenir sa mère ! Il serait pour toujours le responsable de sa disparition. En plus, il n’avait su garder les mômes avec lui. Plus il tournait ces sombres pensées dans sa tête plus il se sentait minable. Incapable de faire quelque chose correctement.
Il ressassait à tel point sa responsabilité, se reprochant sa nullité dans les évènements de la journée, qu’il n’entendit pas la voiture approcher et se ranger à sa hauteur sur le bord de la route. C’est seulement quand il entendit la voix qu’il tourna la tête.
- Allez mon gars, c’est dur mais pas la fin du monde, pas vrai ?
- Tirez-vous ! J’attends ma mère et elle aime pas que je cause à des étrangers, répliqua sèchement le garçon sans même tourner la tête, continuant d’avancer.
- T’as pas entendu, mon gars ? Regarde par ici un instant s’il te plaît !
Interloqué par la fermeté du ton employé par l’homme dans la voiture, il se décida à regarder de quelle bouche ces paroles sortaient. Il vit alors le visage d’un homme d’une soixantaine d’année à la barbe parfaitement taillée, la chevelure argentée qui dépassait de la fenêtre. Mais ce qui le marqua le plus, c’était le regard vert sans cesse en mouvement du vieil homme. Un regard vif et dur mais qui à l’inverse d’inspirer la crainte, respirait la gentillesse, la simplicité. Le vieil homme lui inspira de suite confiance. Non, cet homme ne lui voulait aucun mal.
Il se sentit alors obligé de dire quelque chose.
- Et comment vous savez que c’est pas la fin du monde, articula t’il difficilement la bouche sèche, se retenant de fondre en larme
- Parce que tu le sais très bien que cela allait arriver. Et cela depuis fort longtemps. Bien longtemps avant ce drame, l’explosion et ta décision de continuer ta route. Ouais p’tit gars ! Tu sais depuis fort longtemps que tu ne dois pas te laisser prendre par nos ennemis. Tu sais parfaitement au fond de toi que j’ai raison. Laisse ton instinct te guider, p’tit gars. Tu sentira que tu peux me faire confiance, pas vrai ?
Sans lui laisser le temps de répondre l’homme ouvrit la porte posa un pied à terre, laissant apparaître un costume coûteux et des chaussures de villes impeccablement cirées. Le contraste était saisissant avec les pauvres guenilles qu’il portait. Après quelques secondes de silence, il ajouta
- Tiens, prend ça ! Sèche-toi le visage, en lui tendant un mouchoir qui lui servait de pochette, et grimpe dans la voiture. . Ca s’rait d’ailleurs une bonne idée de couper ta tignasse et de te trouver des vêtements un peu plus corrects si tu veux vraiment continuer de passer incognito. Pas vrai p’tit gars ?
Devant ce discours ferme et directif, le jeune garçon comme hypnotisé par son interlocuteur, obtempéra et monta dans la magnifique limousine sans même s’apercevoir de la taille gigantesque du véhicule. Il se dit simplement qu’au point où il en était, faire un bout de chemin en voiture ne lui ferait pas de mal et permettrait de distancer ses poursuivants. Les distancer !
Oui mille fois oui ! ! Et quels que soient ces ennemis, ces gens qui lui avaient enlevé les seules personnes qu’il aimait en ce bas monde ! C’était la priorité de priorités. Il le ressentait de tout son être.
Une fois le garçon installé dans la voiture, l’homme s’adressa à son chauffeur et lui donna un ordre sans qu’il ne comprenne de quelle langue il s’agissait. Puis se retournant vers lui, le vieil homme repris à son intention :
- Plus de problème p’tit gars, Te voilà hors de danger ! Maintenant c’est à toi de décider ce que tu veux faire de ton avenir.
La limousine filait maintenant dans la campagne déserte. L’homme reprit :
- Tiens, boit un peu, petit. Et repose-toi. Mais on aura le temps d’en reparler, j’en suis sur. D’abord, il faut mettre de la distance entre eux et nous et puis nous en discuterons plus sérieusement. OK p’tit gars ?
- Voui m’sieur réussit il à répondre, l’épuisement commençant sérieusement à se faire sentir.
Il ne releva pas le « nous » que l’homme avait utilisé.
- Mais comment sait-il tout ça ? Que veut-il dire quand il parle de l’avenir ! Quel avenir ?
La tête du garçon commençait à tourner. Les événements de la journée s’estompaient rapidement dans le brouillard qui envahissait son cerveau. Sans s’en rendre compte, il s’affala sur la confortable banquette de la limousine.
- Te souviens-tu de l’eau si claire ? Lui demanda l’homme coupant court aux réflexions confuses du garçon.
- Mais qu’est ce qu’il raconte bon dieu ? De l’eau claire ? Arriva à penser le garçon alors qu’il tentait vainement de résister à l’engourdissement qui le gagnait.
La vision du jeune garçon se troublait de plus en plus. Avait-il été drogué ?
Il ferma les yeux et emporté dans un tourbillon où s’entrechoquaient des fragments d’images de la journée puis s’endormit non sans avoir pu marmonner dans un dernier effort : Je les retrouverais, les…les frangins, hein ?
Sur ces derniers mots, il s’écroula sur la banquette, écrasé par le stress et la fatigue. Il dormait profondément, l’air enfin serein. Sa respiration était redevenue calme et régulière.
Il rêvait d’un torrent idyllique serpentant entre d’énormes rochers blancs, recouverts d’une mousse épaisse et abondante. L’eau se jetait en cascade dans une large vasque d’eau transparente illuminée parle soleil. L’adolescent se détendit et sourit dans son sommeil. Il entendait les rires des enfants qui l’entouraient et qui sautaient dans le torrent. Lui-même se jeta du haut de la cascade. Levant la tête, il vit qu’une nature vierge et abondante l’entourait. Une bienveillance émanait des immenses arbres qui surplombaient le point d’eau. Il ressentit un sentiment de sécurité qu’il ignorait pouvoir exister.
L’homme assis en face de lui était en train de sortir de sa sacoche un cylindre de bois usé et brillant au point de luire sous les phares des voitures venant en sens inverse. Il l’examina un long moment comme hésitant à en faire usage. L’homme exerça alors une pression à l’arrière de celui-ci. Une longue aiguille de couleur ivoire sortit du cylindre. L’homme approcha la pointe de l’aiguille de la tempe de l’adolescent avec une précaution toute chirurgicale. Une deuxième pression l’arrière du cylindre fit s’enfoncer la longue pointe dans la tempe du garçon endormi. Il la laissa une quinzaine de seconde en place avant de la retirer, de refermer le mécanisme et de ranger l’objet dans sa sacoche. Il regarda le garçon l’air dubitatif et lui déclara sachant qu’il n’aurait pas de réponse :
- Allez, petit ! Grâce à cela, tu progresses de centaines de milliers d’années d’évolution, alors ne m’en veut pas !

Le garçon ne s’aperçut de rien et continua de jouer avec d’autres enfants dans cette eau si claire. Le sentiment de plénitude qu’il ressentait était si pur.
Une pureté qui n’appartenait qu’à l’aube de l’humanité, où une forme d’harmonie semblait régner entre l’Homme et la nature.
LIVRE II



DE NOS JOURS



CAHPITRE I


ANUA PETERSEN
LES SCEAUX DU SOUCI


Cela faisait maintenant trois semaines qu’Anua se terrait. D'abord au fond de son labo puis chez elle depuis près de deux semaines. Deux longues, très longues semaines à se réfugier dans le travail, à tout revoir, de l’analyse de ses données aux différents éléments qui l’avaient conduite à annoncer sa découverte. Tout ça pour prouver aux vieux pontes de l'Académie des sciences qu’ils avaient torts de se railler d’elle par médias interposés.

L’Enfer depuis deux semaines à peine et déjà un sentiment de dégoût. Avant cela Anua avait surfé sur la vague du succès pour devenir la plus jeune chercheuse en archéologie à devenir membre à vie de l'Académie des sciences. Et bien sur, avec le projet le plus important en termes budgétaire que cette vénérable institution en plus de la fondation pour qui elle travaillait eut mis à disposition de quiconque.

Quand elle y repensait, elle y voyait une injustice flagrante. Comment, après l’avoir portée aux nues, pouvaient-ils la mettre plus bas que terre aussi vite. Le recul et le temps qui devraient être inhérent à leur fonction de sages, de responsables l'autorité scientifique ne s’appliquaient-ils pas à sa personne ? Etait-elle trop rapide pour ces vieux singes ?

Son travail n’était pourtant que la suite logique de ses découvertes précédentes et similaires faites à l'Ouest de la Roumanie, non loin des rives du Danube. Non vraiment, elle ne comprendrait jamais cette bande de vieux cabots maître de la vérité. Elle les avait trouvés ces objets ! Oui, elle leur avait même montré ces fameux sceaux-cylindres, les plus vieux objets au monde prouvant l’existence de l'échange commercial, de la propriété, d’une classification sociale avancée et surtout de l’existence de l’écriture.
Mais pour son plus grand malheur, Anua les avait dénichés dans un endroit où ils n’auraient pas du se trouver. Si la Roumanie lui avait apporté un succès indéniable, il en était tout autre pour ses dernières trouvailles.
Ils auraient pourtant bien dû se rendre à l’évidence, ces vieux séniles détenteurs de la Vérité universelle ! Alors, pourquoi ces sceaux-cylindres qu’elle avait trouvé non loin des rives du « Rio-Grande » en plein désert, à la frontière américano-mexicaine, les choquaient tant. Surtout avec la somme d’analyses et de calculs, bref, de preuves irréfutables qu’elle avait données au conseil du département d’histoire et d’archéologie américaine, à cette foutue Académie !
Bien sur, ces cylindres étaient étranges. Non, ils n'étaient pas faits des mêmes matériaux comme la plupart de leurs cousins trouvés par centaines au Moyen-Orient faits de pierre ou de métal. Ils étaient en bois et beaucoup plus longs que d’ordinaire, la grande histoire !

Bon, il fallait bien reconnaître que l’on pouvait s’interroger sur le fait que ce bois ne ressemblait en rien à ce que l'on pouvait trouver dans les espèces végétales existantes. Et oui, les espèces dont ces fameux cylindres se rapprochaient le plus étaient le roseau et le bambou. Un « roseau-bambou » qui, bien sur, n'avait jamais existé dans les régions où Anua avait fait ses découvertes et qui de plus ne montrait aucun signe de dégénérescence malgré les milliers d'années passés sous terre. Il était en effet impossible de dater l’âge de ce bois avec précision puisqu’il ne vieillissait pas !
Et pour cause ! Ces « sceaux-cylindres » fait de bois inconnu, une fois passés au microscope électronique, s'étaient révélés vivants. Les molécules qui les constituaient continuaient de se mouvoir et de se régénérer. Un peu comme si ce bois attendait quelque chose pour se réveiller. Là, il était comme en état d'hibernation, mais continuait de vivre à son rythme, de changer de structure moléculaire. C'était incroyable à voir mais hélas incompréhensible.

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Ces cylindres végétaux, plus durs et résistants que la pierre étaient vivant. Alors oui, elle-même s'était posé des questions sur la validité de ses trouvailles… Révolutionnaires ! Si ce n'était pas un immense canular !
Mais voilà, sa fameuse intuition lui dictait qu'elle était dans le vrai. Evidement, il restait nombres de points d'interrogations sur l'origine géographique et sur la composition de ces cylindres végétaux, mais il était impossible qu'elle se trompe. Anua en était intimement convaincue et avait ébauché ses théories à partir du résultat de ses fouilles, faisant abstraction de la nature étrange de la constitution de ces sceaux-cylindres. Comme par exemple ce qu'elle remettait en question sur qui était admis généralement sur le déplacement des humains au cœur des dernières glaciations de Riss et de Würm.
Anua avait bien évidemment pris en compte l’explosion du super volcan « Toba », il y a 74000 ans qui n’avait laissé qu’environ 2 000 humains rescapés en Afrique du sud et de l’Est selon une majorité de spécialistes.
Sans compter la disparition de la presque totalité des espèces végétales et animales du fait d’un hiver « nucléaire » de près de dix années. Dix ans sans soleil pour vous réchauffer, ajouté aux anomalies magnétiques et autres astéroïdes frappant notre planète, cela pouvait justifier l’étrange composition de ces fameux cylindres de la discorde.
Elle avait donc foncé, tête baissée et se retrouvait aujourd'hui dans la pire mélasse de sa courte vie. Ah, si seulement elle avait écouté son père !
Les questions qui taraudaient Anua jusqu'à l'insomnie étaient simples. Qui, quand et dans quels buts avait-on façonné ces morceaux de bois aux propriétés si étranges ? Et pourquoi avaient-ils été ciselés de motifs classiques, d'une manière qu'on pouvait juger grossière par rapport à ses cousins moyen orientaux, tellement plus élaborés ?
Et puis, dans quel but les avait-on transportés, il y a si longtemps, au seuil de l'histoire, jusqu'au sud des Etats-Unis, à l’autre bout de la Terre ?
Elle se battrait jusqu'à la fin de sa vie, s'il le fallait, pour le savoir, elle s'en était fait le serment depuis le moment où le déluge de critiques s'était mis à pleuvoir sur elle.

Si Anua avait attendu que les caciques de l'Académie des sciences décident de la validité de sa découverte, elle aurait eu les cheveux blancs et de la barbe au menton avant de pouvoir continuer son travail. Elle avait donc décidé de passer outre et de publier ses recherches dans le magasine « Science » dont elle avait pour cela décroché la couverture. Et patatras ! Tout lui était revenu en pleine figure. Ce même journal s’excusant auprès de ses lecteurs d’avoir publié un article dont la véracité était plus que douteuse, après que la rédaction du journal eut reçu mains et mains coups de téléphones de ces pseudos éminents scientifiques.
Eux qui n'avaient dû lire que l'introduction et la conclusion du travail de compte rendu d'Anua, s'ils avaient eu le temps de retrouver leurs lunettes qui devaient se trouver sur leurs fronts, ces vieux chnoques dans leurs costumes amidonnés !

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Et dire que la prochaine fois, elle envisageait d’aller faire une campagne de fouille en Sibérie pour confirmer l'ensemble de ses théories sur la démographie préhistorique et du déplacement des premiers humains depuis les 500 derniers millénaires.
D'après son travail entamé il y a plus de dix ans, la conclusion devenait évidente. Anua faisait remonter le peuplement des continents et de l'Amérique en particulier au moment de la dernière glaciation, celle de Würm, ce qui était officiellement admis par les scientifiques tenant de la vérité.
Mais ce qui ne passait pas, c’était qu’elle amenait des éléments sérieux sur un peuplement beaucoup plus ancien. Anua situait cette colonisation des continents une glaciation avant, de Riss, c'est à dire quelque cent mille ans avant.
Décidément, Anua détestait ces tenants de la vérité sur un sujet où rien n'était figé et dont les thèses officielles avaient évolué plus de cent fois depuis le milieu de vingtième siècle. Elle préférait les nommer les rois des "cons-sensus". Mais même ces blagues ne la faisait plus rire !

Ces bougres de crétins qui se refusaient maintenant à admettre l’existence même son travail. Avaient-ils seulement su se poser la moindre question avant de rejeter en bloc ce fameux compte rendu de son expédition et découvertes ?
Et dire qu'elle s'était fendue d'une lettre courtoise et bien « lèche bottes » dans le but d'obtenir une rallonge budgétaire afin de pouvoir confirmer les théories qu'elle exposait ? Anua savait maintenant qu’elle avait été d'une naïveté désarmante. Comment avait-elle pu croire en eux ?
Là pour le coup c’était foutu ! Qui voudrait la financer maintenant ? Certainement pas ces vieux tenants de l'immobilisme !
Pour pouvoir continuer son travail, elle n’avait plus le choix. Elle devait récupérer ces fameux morceaux de bambous immortels enfermés dans son laboratoire pour pouvoir continuer à les étudier avec des scientifiques indépendants.
C’était la seule façon de prouver à l’Académie des sciences comme à son sponsor privé qui l’avait gentiment prié d’attendre que « l’affaire se calme » et de prendre une « période de repos bien méritée », les traîtres !

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CHAPITRE 8

Les sceaux d'Anua (suite)


D’accord, d'ordinaire, les cylindres-sceaux « ordinaires » étaient originaires du moyen orient et dataient pour les plus anciens d’environ 6000 ans.
D’accord, personne n’en avait trouvé ailleurs. Mais nul n’en avait cherché non plus !
Ces sceaux avaient une vocation simple. Ces cylindres servaient à certifier, par des motifs propres à chacun d’eux, l’expéditeur de telle marchandise. Un simple cachet attestant la provenance de telle ou telle marchandise. Comme les bagues des cigares que la plupart de ces vieux chnoques du conseil de l’Académie présentaient fièrement à leurs invités pour leur montrer le prestige de ce qu’ils allaient fumer !
Identifier. C’est tout simplement à quoi ils servaient. A identifier à coup sûr la personne qui avait apposé son sceau. Ces petits objets cylindriques représentent chez les Sumériens et leurs prédécesseurs de la période dite d’Ubaïd, les inventeurs supposés des sceaux-cylindres, la première trace connue d’écriture. En fait personne ne pouvait affirmer quelle civilisation les avait inventés.
Les Sumériens, peuple connu pour l’invention de l’écriture, ont aussi inventé en vrac et en seulement quelques siècles, la roue, le roman et développé l’architecture, la statuaire, la glyptique, les mathématiques et le décompte du temps. Ils ont également créé la notion d’état, démocratique ou non. Ce peuple mystérieux venu de nul part, vivait dans l’extrême sud de l’Irak actuel. Si leur écriture avait survécu plusieurs millénaires, les sumériens, en tant que peuple, avaient disparu aussi rapidement qu'ils avaient fait entrer l'humanité dans l'Histoire.

Ces sceaux n’était ni plus ni moins que les prédécesseurs des tampons encreur. De simples cachets servant à fermer et attester de l’identité de l’expéditeur aisi que de la valeur de la marchandise à l’aide de cire sur les courriers comme on a continué de le faire jusqu’à nos postes actuelles. On continue d’ailleurs de s’en servir pour les marchandises luxueuses et lettres scellée des ambassades et autres organismes internationaux.
Image sceaux






Alors oui ! Anua voulait bien reconnaître que de trouver un pareil objet à 20 000 km de là dans la terre sèches du désert du Névada pouvait surprendre.
Mais elle en avait trouvé plusieurs accompagnés de restes d’habitations, d’objets de la vie quotidienne, poteries et autres ustensiles. Elle avait également mis au jour des plaques métalliques couvertes d’inscriptions que l'on pouvait rapprocher de l’écriture pré-sumérienne .

Ces objets auraient du dater selon les sources officielles d’une dizaine de millier d’années. Mais les trouvailles d’Anua étaient datées, par les méthodes les plus modernes, de plus de vingt, voir cinquante mille ans et même plus pour certains.
Il fallait se rendre à l’évidence. Ce peuple est donc sorti du Golfe Persique, alors à sec. Puis une partie de cette population ne reste pas sur place et se répand dur l’ensemble des continents, jusqu’en Amérique du Nord.
On ne le retrouve qu'avec l'avènement de la civilisation sumérienne, seule civilisation à qui l'on peut raccrocher ces personnes de part leur arts, coutumes et inventivité, soit plus de trente mille ans mille plus tard. Et ce que voulait monter la jeune femme c’était que cette énigme était irréfutable.
Simplement, que ce peuple qui avait donné les clés de notre civilisation il y a dix mille ans, était déjà auparavant parvenu jusqu’en Amérique du Nord. Ou qu’il avait au moins étendu son influence jusqu’au cœur d’une Amérique déjà peuplée.
Le Carbonne 14 et autres moyens de datation ne pouvaient tous mentir !
Après avoir digéré ces résultats, Anua se devait de trouver une théorie plausible au trajet de ce voyage de près de vingt mille kilomètres.
Anua trouvait romantique et belle la thèse d’un Gulf Stream raccourci au nord et au sud par les glaces couvrant l’Europe de l’ouest et l’Amérique du nord lors des périodes glacières. Ce mini Gulf Stream qui aurait permis même à de piètres navigateurs de faire le voyage dans les deux sens en se laissant juste porter par ce courant maritime régulier. Ce courant maritime présentait l’avantage d’un trajet quasi rectiligne et en aller-retour, s’il vous plaît ! Départ entre Gibraltar et le sud-ouest de la France et arrivée sur la côte sud-est des Etats-Unis.

Mais objectivement, il était plus rationnel de croire en un passage par le détroit de Béring. Anua était certaine de trouver les mêmes types de sites de peuplement en Sibérie, encore une fois bien antérieures au chemin que prirent les amérindiens il y a quinze mille ans vers les Amériques. A l’époque ou folâtraient encore pour quelque temps d’immenses troupeaux de mammouths avant de finir congelé en quelques mois, jours et même heures seulement selon quelques spécialistes contestés, comme Anua en ce moment, là aussi, sans que l’on ne sache pourquoi.
Ces hommes auraient aisément pu continuer leur route vers l'Est et traverser le détroit de Béring, profitant d'un pont de glace provisoire. Exactement comme les champions de la vérité scientifique l’avaient popularisé pour les amérindiens au point que plus personne ne doutait de cette version. Si cela était sûrement vrai, pourquoi rejetaient-ils donc ses théories ?
Parce qu'elle faisait remonter ce passage du détroit de Béring à une époque où les hommes n’auraient pas censé être là ! Un âge précédant et encore vierge de recherches, contraire à ce qui était défendu par les tenants de l'immobilisme scientifique. Cela ne faisait aucun doute !
Elle amenait au moins de preuves, non ?
Elle ne discutait pas le bien fondé du massacre et de la spoliation des terres des Amérindiens ! Elle affirmait juste qu’ils n’avaient pas été les seuls et pas les premiers à franchir ce satané détroit ! Et que ces humains dotés d’une technologie avancée aient atteint l’Amérique puis s’étaient évaporés bien avant nos chers Amérindiens.
Exactement comme les Sumériens il y a dix mille ans. Pas de quoi en faire tout un fromage, quand même !
Mais voilà ! Dès la publication de ces thèses, elle avait vu s’abattre sur elle l’opprobre général. Les autres scientifiques avaient décrété que ces découvertes ne pouvait être qu’une supercherie. Comment des hommes en pleine préhistoire, ces « abrutis des cavernes », auraient-ils pu parvenir jusqu’au sud des Etats –Unis ? Pas question de remettre en cause toute la logique de l’histoire ! Niet, pas question !

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Et les coups avaient commencé à pleuvoir.
Avec toute la communauté scientifique contre elle, c’était si facile ! Ces maudits journaleux pseudo-scientifique avaient évidemment sauté sur l’occasion pour vendre leurs torchons. Même la presse grand public s’y était mise.
Anua avait vu du jour au lendemain vu sa vie privée, ses précédents travaux mais surtout la vie de ses proches étalée au grand jour.
Un quotidien avait même lancé une liste des dix plus grandes arnaques scientifiques, avec vote sur Internet pour en déterminer la plus cocasse. Et devinez quoi ? La récente découverte d’Anua en faisait partie, trônant redoutablement pour sa crédibilité en quatrième position ! Elle se trouvait juste devant de la preuve, une photo très floue, censée prouver l’existence de l’abominable homme des neiges !
Elle s’en serait arraché les cheveux si la jeune femme n’avait été complètement paralysée, au sens propre comme figuré !

Cet effet boule de neige avait eu pour effet une terrible levée de bouclier. Celle de la communauté scientifique dans son ensemble, Anua pouvait la comprendre. Mais elle avait du subir aussi les foudres du lobby des tribus amérindiennes qui tenaient durs comme fer à la primauté d’occupation du continent. Pleins d’autres organisations diverses pseudo- scientifiques, associations religieuses ou « bien pensantes » s’en étaient mêlés.
Et pour compléter le feu d’artifice, nombres d’hommes politiques s’en étaient mêlés, sans rien y connaître bien évidemment. Mais cela avait finit de la discréditer complètement. Plus personne ne voulait plus miser un Kopeck sur Anua et ses projets futurs.

Mais personne n’avait soulevé le problème par le bon côté !
Qui aurait eu quelque intérêt à enterrer à neuf mètres de profondeur sur une surface de trois hectares et demi des objets rares et précieux et quantité de restes humains ?
Mais qui donc aurait réussi à bricoler à la perfection puis à ensevelir profondément une copie parfaitement authentique d’un village vieux de plus de 60 000 ans pour les traces d’occupation les plus anciennes ? Un village fourmillant, de surcroît, d’objets datable facilement de 10 à 60 000 ans sans parler de ces fameux « roseaux-bambous » toujours vivant après un séjour de dizaines de milliers d’années sous terre dans une zone si aride?
Oui, qui aurait été assez fou pour placer ce village en plein désert, non loin des anciennes des rives du fleuve Colorado qui marque la frontière actuelle entre l’Arizona et le sud de la Californie ?
Ben oui, qui dit désert, dit personne pour chercher un village enfoui, enfin, normalement, non ?

Ces problèmes torturaient Anua jours et nuits sans relâche. Elle avait beau remuer le problème dans tous les sens, elle ne voyait pas comment remonter cette pente particulièrement glissante.


Chapitre IX

Anua fait sa dépression

Sa belle théorie ne verrait jamais le jour. Jamais, oh plus jamais elle ne pourrait étayer sa thèse Le peuplement de l’Amérique et de la Sibérie, il y a plus d’une cinquantaine de milliers d'années au lieu des dix à vingt mille ans habituellement admis ne verrait jamais le jour.
Fini les recherches sur les hommes en provenance des environs du golfe Persique alors à sec tout comme la Manche en Europe ou encore le détroit de Bering au Nord-Est de l'Asie. Une période ou La Seine et la Tamise ne formaient qu'un seul énorme fleuve par exemple. Cette période correspondait aux premiers signes annonçant le réchauffement climatique de la dernière période de glaciation du Riss.
Et ben, elle pouvait maintenant toujours tenter de planter des patates dans la Manche ou même en Sibérie si le cœur lui en disait ! Elle avait tout le temps devant elle maintenant que le nom d’Anua était devenu synonyme de baliverne. Autant aller à la pêche au monstre du Loch Ness, bon sang !
Elle oscillait sans cesse entre fureur et longues périodes de frustration. Depuis la mise à sac de l’ensemble de son travail, Anua restait recroquevillée en boule sur son sofa.

Et voilà comment on se retrouve une semaine à tenter de disparaître de la surface terrestre. Sept longs jours à se terrer dans son labo, priant que personne n’arrive à la trouver, surtout tout ce qui pouvait ressembler à un journaliste.
Et depuis que ses supérieurs l'avaient priée de vider les lieux pour "quelque temps", elle était partie, n'emportant que le strict minimum de ses affaires. Elle avait quand même réussie à prendre l'un de ces fameux sceaux cylindres en le cachant dans un rouleau à dessin. Il allait bien falloir qu’elle se remette au travail, qu’elle ressorte ce mystérieux cylindre et entrouve l’origine et sa raison d’être.

En attendant, Anua se félicitait aujourd’hui d’avoir pris son petit « chez elle » sous le nom de jeune fille de sa mère. Elle y était anonyme, au moins pour un temps.
Après ces quelques jours d’isolement, Anua commençait à faire son « mea culpa ».
Elle avait bien senti le danger de ses révélations et avait demandé conseil à plusieurs scientifiques à qui elle accordait grand crédit. Ils l’avaient tous prévenu du risque de partager ses découvertes avec des néophytes.
Même ses amis du FBI dont la collaboration se passait au mieux lorsqu’une enquête requérait des fouilles et avec qui elle entretenait les meilleures relations l’avaient mis en garde.
Mais Anua fonçait. Quand elle était sure d’elle, rien ne pouvait l’arrêter.

Déjà toute petite, ses parents s’inquiétaient de son caractère «à l’emporte pièce» et s’étonnaient de son manque de jugeote dès qu’elle pensait être dans son bon droit. Il y a encore une dizaine de jours, son cher père l’avait mis lui aussi mise en garde contre tout excès de confiance. Il lui avait dit :
- Soit prudente, ma fille ! Tu as une bombe entre les mains et elle pourrait bien t’exploser à la figure. Fait attention à la manière dont tu vas t’y prendre pour divulguer ta découverte. Je ne voudrais pas te ramasser à la petite cuillère comme à chaque fois que tu n’écoutes que toi et que les évènements te reviennent en plein visage. Prends des conseils, entoure-toi bien et fait en sorte d’être cautionnée par les apparatchiks scientifiques que tu détestes tant, ma chérie.

Anua n’en avait eu cure et avait été droit dans le mur. Et elle allait mettre du temps à s’en remettre, cette fois-ci !
- Et voilà, c’est foutu ! Personne ne voudra plus jamais me croire même si je dis avoir trouvé un os dans les catacombes de Rome ! Je n’ai plus qu’à m’habiller en sorcière et me reconvertir dans la vente de citrouille pour Halloween ! Là au moins, j’aurai du succès, bougonna-t-elle en balayant du regard les piles des dossiers « Colorado Project » et du futur « Sibérian and first human step » amoncelées sur son bureau.
Il lui fallait se sortir de ce guêpier au plus vite. Mais c’était pour le moment le noir le plus complet sur la manière de faire remonter sa côte. Le simple droit de pouvoir s’exprimer publiquement lui était pour l’instant confisqué. Pour répondre à toutes ces attaques, Anua allait devoir apprendre la patience.
Bien sur, elle aurait dû attendre l’aval du conseil avant de faire publier sa découverte. Pourtant, il y a quatre ans, quand elle avait trouvé les mêmes types d’objet au Nord-Ouest de l’Inde non loin des sources de l’Indus, la communauté scientifique avait loué sa technique de travail originale, son instinct et son esprit aventureux. Qualités qui « remettaient en question le socle de nos certitudes historiques » d’après ce ramassis de girouettes.
C’est par ce succès, portée par la gloire, qu’elle avait pu financer, sans aucune difficulté, ses prochains projets : « Colorado et Sibéria Project ».

Le téléphone sonna. Anua sursauta perdue dans ses pensées et il lui fallut quelques secondes pour reprendre ses esprits. Elle hésita à décrocher. Ce devait être un de ces gougnafiers de journaliste qui avait fini par la localiser, se dit-elle avant qu’une intuition ne lui ordonne de répondre. Oui, il était vital de décrocher ! Sa moelle osseuse lui dictait de le faire.
Le même type de sensations qui avaient guidés ses principales découvertes. Une nécessité impérative sur l’endroit ou creuser pour trouver ses extraordinaires trouvailles en Roumanie, en Inde et Colorado, au milieu de rien, sans indice préalable véritable. Cette même poussée d’adrénaline qui lui valait tant d’ennuis aujourd’hui.
A la quatrième sonnerie, elle se retourna et décrocha vivement le combiné. La main tremblante, une angoisse inconnue à ce jour lui étreignait la poitrine. C'est la voix tremblante, le souffle coupé, qu'elle réussit à articuler un faible : « Allô ».


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Chapitre X

ENLEVEMENT


La voix était brouillée électroniquement et paraissait celle de « Darth Vador ». La voix lui demandait si elle était bien Mademoiselle Petersen. Anua crue d’abord à une blague de l’un de membres de son équipe, eux aussi bien désœuvrés depuis la mise à l’index de leur patronne. La voix lui enjoignit d’écouter et de ne pas l’interrompre. Rien ne serait répété. Anua analysa rapidement la situation et sentit le danger planer au-dessus de sa tête. Elle se ravisa de toute raillerie et écouta en tremblant le message qui allait lui être délivré.
- Ne dites plus rien à partir de cet instant et ne prenez aucunes note. Bien compris Mademoiselle Petersen, annonça la voix métallique.
- Oui, je suis prête, dit-elle sur un ton tremblotant, redoutant maintenant le pire.
- Ne dites rien, ne répétez rien répéta la voix sur un ton sec qui commença à lui faire craindre le pire.
Le pire fut très rapidement dépassé quand elle reconnut le son de la voix de son père.
- Chérie, je me trouve actuellement retenu par des hommes qui m’ont enlevé alors que je me rendais au club pour déjeuner. Tu peux vérifier, je n’y suis jamais arrivé. S’il te plait, fait exactement ce qu’ils vont te demander. Il en va de ma vie. Ne préviens pas les autorités, il en va de ma vie, je te le répète ! Je t’en supplie, fait ce qu’ils te disent. Je t’aime et écoute bien ce qui suit.
La voix métallique prit le relais sans interruption :
- Votre père est entre nos mains. Si vous voulez le revoir, allez directement à la gare routière. Vous trouverez vos instructions sur une feuille de papier qui vous attend la-bas, collé sous la poubelle à gauche de l’entrée principale.
Un instant de silence. Seul un gémissement de son père parvint jusqu’aux oreilles d’Anua, accentuant encore le tremblement qui agitait maintenant ses mains.
- Lisez les instructions, mémorisez-les puis jetez-les dans cette même poubelle après avoir déchiré le papier. N’oubliez pas de le mémoriser ! Vous saurez alors ce qu’il vous faudra faire pour revoir votre père vivant. Vous avez quarante minutes pour vous y rendre. Foncez Mademoiselle Petersen ! Et gardez toujours en tête que nous vous observons.
La communication s’interrompit sur cette dernière phrase. Anua se sentit happée par le vide. Comme si on la poussait d’un avion en plein vol !

Anua consulta sa montre. Il lui restait vingt et une minute pour arriver jusqu’à la gare routière. Il lui en faudrait une bonne quinzaine. Heureusement qu’elle se trouvait en périphérie du centre ville. Mais ils avaient pensé à tout. Il lui resterait à peine dix minutes pour trouver le message, le mémoriser et le jeter. Là encore ils avaient bien prévu leur coup. Impossible pour elle de mettre un stratagème au point pour… Elle ne savait même pas pourquoi ils avaient minuté aussi serré sinon pour la tester et l’empêcher de prévenir les autorités. A cet instant, Anua n'avait qu'une seule question entête. Pourquoi s'en prenait-on à son père ?

Il s’était maintenant passé deux heures depuis qu’elle avait arraché nerveusement le message sous le fond de la poubelle. Elle n’y avait d’abord rien compris, vu l’état de stress dans lequel elle se trouvait. Anua était alors retournée à son appartement du centre ville et avait soigneusement recopié les symboles écrit sur le message. Elle avait facilement reconnu l’écriture, une fois qu’elle s’était obligée à se calmer par de petits exercices respiratoires et de relaxation qu’elle avait l’habitude d’utiliser pour faire baisser la tension qui pouvait l’habiter. C’était d’ailleurs son père qui l’avait inscrite à des cours de yoga pour limiter les effets de son caractère volcanique. Le message était rédigé en langue sumérienne de l’époque babylonienne, datant d’environ cinq mille ans quand Sargon « l’ancien » avait réussi à fonder le premier empire en Mésopotamie. La suite avait été pour elle un jeu d’enfant. Sa connaissance de cette langue lui avait permis de traduire cette brève petite missive en quelques minutes. Sa déception n’en fut que plus grande. Pourquoi se donner autant de mal pour fabriquer un mot qui contenait si peu d’informations intéressantes ?

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Elle réfléchissait à ce qu’elle allait bien pouvoir en faire. Elle restait sur sa faim, se sentant complètement perdue. Anua relut le message encore une fois :
« Mademoiselle Petersen, félicitation pour votre discrétion ! Vous allez vous rendre à votre domicile et attendre. Nous vous contacterons d’ici ce soir, vingt heures. Habillez-vous en noir et attendez les prochaines instructions. Continuez comme cela et vous retrouverez votre père rapidement. Ne tentez rien de stupide. Nous vous surveillons en permanence. Comprenez bien que nous sommes prêts à tout pour arriver à nos fins ».
Elle n’avait eu aucun mal à mémoriser ces quelques mots et avait conscience de la menace qui pesait sur la tête de son père. Anua n’osait même plus téléphoner ou regarder par la fenêtre de peur de provoquer une mauvaise interprétation des ravisseurs de son cher papa. Elle ne savait jusqu’à quel point on la surveillait. Elle se tenait raide au milieu du séjour, la tête complètement vide.
Après un laps de temps qu’elle ne pouvait définir, Anua se ressaisit. Elle tenta d’analyser le message et la manière dont elle l’avait récupéré. Plus elle y pensait, plus elle se sentait prise dans un jeu d’action de « Play-Station ». Comme un avatar qui se faisait bouger en tous sens aux grès de volontés supérieures !
-Super ! Encore un fana des jeux virtuels ! Qu’est ce qui m’attend maintenant ?
Arrêtant de réfléchir, Anua chercha des vêtements noirs, comme il lui avait été demandé. Mais pourquoi faire ? Allait-on la faire suivre un jeu de piste toute la nuit ?

Son téléphone portable se mit à sonner. Elle se précipita vers la table base où il se trouvait enfoui au fond de son sac. Anua retrouva son portable, encore un cadeau de son père, au milieu d'un un fatras de papiers, produits de maquillage et autres petits objets que la majorité des femmes conservent, sans savoir pourquoi, à l'intérieur de leur sac à main. Farfouillant dans les différentes poches, elle finit par le retourner, le vida sur la table basse et mit enfin la main dessus.
Anua décrocha, le cœur battant la chamade. Mais elle reconnut la voix et essaya de ne pas laisser la boule qui lui nouait la gorge la submerger. Elle savait que les sanglots suivraient juste après. Au prix d’un gros effort, elle y parvint de justesse.

Ce n’était que Billie. Sa meilleure amie depuis l’université. A la fin de leurs études, elle s’était spécialisée dans l’archéologie sous-marine où elle faisait merveille. Son travail consistait à planifier les fouilles à venir puis à coordonner le travail des différentes équipes sur sites, en mer et en laboratoire. Billie travaillait actuellement sur un projet de fouilles. Une société pétrolière avait mis à jour une épave au large du Mexique. Il semblait que cela soit un galion espagnol prometteur du moins du côté des trésors qu'il renfermait d'après les premiers sondages. Dans ce type d’activité, il ne faut jamais cracher dans la soupe, avait-elle l’habitude de dire. S'il y avait de l'argent à se faire, tant mieux pour elle !
Mais, si Billie lui téléphonait aujourd'hui, c'était pour lui rappeler pour lui rappeler qu'elles avaient rendez-vous. Elles devaient se retrouver à la « résidence Petrersen », chez Anua, vers huit heures ce soir. Pour se préparer à sortir faire la fiesta version Billie. Anua avait accepté après de longues minutes de palabre de sortir enfin de sa tour d’ivoire et de retrouver le monde normal.
Après tout, faire la fête en compagnie de sa meilleure amie, apparaissait comme une halte bénéfique dans sa vie en enfer.

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On était vendredi soir et elles devaient se rendre dans un de ses nombreux bars où les employés toutes classes sociales confondues allaient se « pochtronner », tenter de rencontrer l’âme sœur pour terminer une semaine de dur labeur faite d’un morne quotidien. Si elle sortait, Anua chercherait, elle aussi à oublier son quotidien de ces dernières semaines. Sauf que maintenant, cela était I-M-P-O-S-S-I-B-L-E ! Une vie et pas n’importe laquelle, celle de son père, en dépendait. Anua avait comme un marteau-piqueur qui lui transperçait le cortex.

La jeune femme, son téléphone comme soudée à la main, avait complètement oublié cette soirée. Elle dit à Billie qu’elle ne se sentait pas d’attaque. Après un bon moment de vaines discutions, son amie parut sur le point de renoncer. Mais au moment de raccrocher, Billie, qui connaissait son amie par cœur et qui n’était jamais prête à renoncer, sentie que quelque chose ne tournait pas rond et dit :
- Ok. Ok J’ai compris petite lâcheuse ! Tu veux rester seule.
Anua n’eut même pas le temps de souffler de soulagement que son amie ajouta :
- Et ben non ! Pas question de t’en tirer aussi facilement, ma p’tite ! Je suis là dans une demi-heure ! Bisous, satanée coquine ! Et prépare-toi à la fiesta de ta vie, parole de Billie ! Sur ces mots, elle raccrocha.

Il était dix-neuf heures dix et on devait la joindre dans les quarante minutes et sa meilleure amie allait débarquer, mettant en danger la vie de son père.
Anua se sentie glisser dans un puits sans fond. Elle s’affala sur son canapé et éclata en pleurs, ne pouvant retenir plus longtemps ses larmes. Pour une fois la pression et l’inquiétude avaient pris le pas sur son caractère en acier trempé. Oui ! Pour une fois « miss-je-mène-ma-barque-comme-je-veux » devait descendre une rivière qu’elle n’avait pas choisie. Une rivière qui était particulièrement dangereuse ! Cela était trop nouveau pour elle pour qu’elle y résiste nerveusement.

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Chapitre XI

REVANCHE DU LATINOS ET MONTEE D’ADRENALINE…



Il restait là, à terre, la main tendu pour récolter quelques pièces. Mais son esprit se concentrait uniquement sur sa première cible du jour. Ce cher petit avocaillons qu’il « téléguidait » depuis bientôt 6 mois pour qu’il soit prêt au bon moment.
Ce moment était maintenant imminent, et le jeune homme avachit sur le trottoir, en tremblait d’impatience.

Augusto Fuentes était pressé de rentré chez lui. Aujourd'hui, la bonne fée qui veillait sur lui depuis sa naissance l'avait définitivement propulsée au sommet. Il y était enfin arrivé, nom d'un chien. Et il ne devait rien à personne. Le "Loco-Motor" comme on l'avait surnommé dans son quartier dès sa quatrième année et son entrée à l'école primaire. Depuis ce premier jour où la maîtresse avait demandé à chacun ce qu'ils voulaient faire plus tard : "je serai un grand avocat qui grignotera les orteils des gringos". Cela avait provoqué l'hilarité générale de ses camarades, latinos comme lui, pour la plupart. Mais ses camarades et professeurs constatèrent au fil des années que l'absolue certitude d'Augusto se doublait d'une force de travail et de capacités intellectuelles hors du commun. Ses capacités et sa volonté étaient toutes deux mises à la réalisation de son rêve qui se précisait. A la grande satisfaction de son directeur, il améliorait à lui seul les statistiques de son établissement scolaire. Il voulait devenir, dès sa dixième années, un avocat d'affaire incontournable au plan national. Bien sur, à cet âge là, il ne s'imaginait pas qu'être un grand avocat d'affaire signifiait rester dans l'ombre des patrons et grosses multinationales qu'il aurait à défendre. Il n'avait pas pensé non plus que la plupart de ces magnats étaient pourris jusqu'à la moelle.
A son arrivée au cabinet « Mc Pherson and Bride » il y a neuf ans, on lui avait bien fait comprendre qu'il devait son embauche à son appartenance à la minorité latino. Cette minorité, qui avait ces dernières années gagné un droit d'une représentation au sein des tribunaux après avoir investi les domaines de la politique et des médias.
Autrement dit, les "tex-mex", par la réussite de bon nombre d'entre eux se devaient de se trouver aussi de l'autre côté du prétoire et plus seulement comme prévenus. Là dessus, le vieux Mc Pherson avait été honnête. Augusto émargeait dans cette prestigieuse enseigne pour des raisons sans rapport avec son brillant parcours universitaire ni de ses victoires en tant qu'avocat commis d'office dans des affaires perdues d'avance de minables escrocs en cols blancs. Il était reconnu pour sa force de travail et sa finesse d’analyse, tout simplement.

Aujourd’hui, il avait gagné le procès de la séparation du couple Terenson. Et sa cliente, Madame Terenson allait toucher le pactole et ce n'était que justice. Cela restait primordial. Evidement, il allait gagner lui aussi un bon paquet de pognon. Mais la coquette prime qu'il allait toucher ne pesait pas lourd par rapport au "boom" professionnel qui l'attendait. C'était ça, là vrai raison de son euphorie.

Il allait pouvoir prétendre au titre d’associer chez « Mac Pherson et Bride ». Et à partir de là, les vrais affaires avec les vrais gros clients allaient arriver sur son bureau. Il aimerait tant se voir confier les dossiers top confidentiels comme « Solder’s », cette mystérieuse société dont il n’avait toujours entendu parler qu’à voix basse ou de « Pharmatec corporation », leader de l’innovation en terme de mises sur le marché de nouveaux médicaments à base de plantes. Cette firme devait sa réputation sulfureuse par sa mise en cause par les médias de ses expérimentations secrètes sur l’homme et de ses tests rendus publics sur Internet par l'un de ses employés. Employé qui avait avoué dans la foulée qu'il avait agit par vengeance suite à son renvoi. Depuis, personne ne l'avait revu. Pour finir, l'activité de cette boîte se trouvait en pleine cambrousse, en Californie du sud avec un fonctionnement digne d'une secte. Alors oui ! Maître Fuentes désirait plus que tout voir de quoi il retournait en vérité. Car s’il s'était fait à l'idée de vivre dans l'ombre de ses clients, il voulait plus que tout, rentrer dans le secret des dieux…ou des maîtres des enfers du gros capital.
Augusto accéléra encore un peu plus le pas, plongé dans ses pensées

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Il y a encore trois mois, il ne lui manquait plus qu’une bonne grosse affaire bien difficile pour être idéalement positionné dans la course au "nouvel associé avec son nom sur les plaques dorées" du cabinet. Cette course s'était engagée depuis que le vieux Mac Pherson père avait enfin décidé enfin de se retirer pour de bon dans sa splendide résidence du lac Taho suite à une attaque cardio-vasculaire. Et dire qu'il avait utilisé le stratagème du malaise à de si nombreuses reprises dès qu'il se retrouvait en grande difficulté face à un choix dans une affaire.
Et là, ça y était ! Il y était parvenu. Personne n'avait voulu de cette affaire. Lui oui !

Continuant de marcher, il continuait de laisser vagabonder son esprit sur son parcours triomphant. Augusto ne s'apercevait même pas qu'il avançait avec tant de détermination que les gens s'écartaient de son passage. Ils agissaient comme si la force qu'il dégageait, risquaient de les écraser.
Pour en arriver là, il lui avait fallut se battre deux fois plus que les autres uniquement à cause de ses origines hispaniques. Porter le nom de Fuentes se révélait être un obstacle insurmontable quand il s’agissait d’accéder à des postes à responsabilités. Heureusement, sa pugnacité n'avait d'égale que sa faculté à démêler les dossiers les plus compliqués que ses collègues évitaient à tout prix. Ils savaient tous que la bonne poire allait s'en charger. Chacun de ses succès lui avait valu de grimper quatre à quatre les échelons, passant de son petit bureau sans fenêtre du troisième au dix-neuvième et avant dernier étage en un temps record.

Mais cette fois, ça y était ! Le scénario s'était répété. Lui seul avait voulu de cette affaire. Faut dire que la plaignante paraissait foncer droit dans le mur. L’épouse modèle avait trompé son mari avec photos à l'appui. Et en plus, elle prétendait au partage cinquante-cinquante des actifs de l’immense fortune de son magnat du pétrole texan de mari. Il se félicita une fois de plus d'avoir suivi son instinct. Il se permit même d'aller voir le vieux Mc Pherson en personne pour lui demander de lui laisser ce dossier, de ne pas jeter à la rue cette femme qui subissait depuis des semaines un passage à tabac médiatique savamment organisé par son mari.
Mais quand son petit doigt lui disait quelque chose, il n'avait pas l'habitude de le contrarier. Depuis qu'il était en age de faire des choix, il ne se rappelait pas que son instinct l'ait trahi.

Augusto repensa à tous ces mois de contre enquête de filature pour enfin trouver la faille. Le mari outragé, citoyen modèle donnant plus de trois millions de dollars par an à des œuvres caritatives, qui se rendait à l’église chaque dimanche lorsqu'il se trouvait sur le sol de son Texas chéri. Lui, le saint parmi les saints, s’était fait piéger. Et en beauté, s'il vous plaît ! Il devait se rendre dans le sud-est asiatique une fois par mois pour affaires. Mon oeil ouais, gringo ! Par un savant jeu de pots de vins et de promesses d’obtention de cartes vertes, seules possibilités de venir travailler légalement aux USA, il avait réussi, avec le surcoût de quelques billets d’avion Bangkok-dallas, à le coincer, ce John Wayne de pacotilles.

Il s’était senti comme accompagné tout au long de la construction de son accablant dossier. Mais l’enquête avançait vite et il n’avait pas prêté attention à ce sentiment. Il aurait du !
Le jeune homme se redressa pour aller s’appuyer contre le coin de l’immeuble. L’instant approchait.

Augusto savourait encore ce moment quant à l’audience il avait fait rentrer comme témoin Madame Hué. Il avait senti un frisson parcourir l’assistance comme les nombreux médias présents pour couvrir ce procès débuté sur un air de lynchage de la femme volage.
Cette dame d’une cinquantaine d’année, vêtue d’un tailleur bleu marine, avait regardé tout le monde droit dans les yeux. Le juge, Monsieur Terenson puis les membres du jury, chacun des acteurs de ce procès avait eu droit au regard perçant même au travers de ces épaisses lunettes en écaille. Sa petite bouche aux lèvres fines et pincées finissait de lui donner cet air sévère de directrice d’orphelinat, son métier depuis les années soixante-dix. Son entrée dans la salle d’audience se fit à petits pas jusqu’à la barre des témoins. Après avoir prêté serment dans un anglais impeccable, Augusto avait commencé son interrogatoire. Tout était régler comme du papier à musique.
- Madame Hué, pouvez vous nous montrer la personne qui vous a trompé ? demanda t’il
Elle désigna d’un index rageur Monsieur Terenson avant d’ajouter son nom
- Comment avez-vous rencontré cet homme ?
- Il s’est présenté à l’orphelinat avec un traducteur officiel annonçant qu’il avait fait don de cinquante mille dollars à notre institution et proposait de faire adopter un nombre important de jeunes enfants par des couples résidant en Amérique.
Alors qu’Augusto attendait de poser sa prochaine question, Monsieur Terenson parla doucement à l’oreille de son avocat tripotant nerveusement son Stedson posé sur le bureau devant lui comme gage de sa « Texanitude » depuis le premier jour du procès.
L’avocat de Terenson se leva et demanda au juge de réfuter ce témoin « surprise de la partie adverse.
Le juge demanda comme prévu si ce témoin allait apporter quelque chose de concret et notoirement intéressant, auquel cas elle pouvait continuer. Il pria Augusto d’en venir au fait aussi directement que possible.
Et Là, c’était gagné. Cette chère Madame Hué, qu’il avait mis plus de trois mois à retrouver, s’était cachée dans son village par peur des rétorsions. Elle allait s’avérer une femme pleine de ressources.

Pourtant les chances de voir cette piste « Hué » aboutir paraissait très mince. Mais tout c’était enchaîné comme dans un rêve. Il aurait du s’en méfier plutôt que de continuer à croire en sa bonne étoile.

Des éléments nouveaux, le juge allait en avoir. Madame Hué avait des photos avec état civil des enfants que les autorités avaient autorisé à partir pour une vie meilleure. Le frère d’Augusto qui tenait un magasin informatique et un café Internet lui avait fourni son aide pour placer des caméras dans les chambres d’hôtels près de l’aéroport où les enfants devaient attendre leurs nouveaux parents.
Le poisson avait mordu, il ne restait plus qu’à le ferrer.
Augusto demanda donc de pouvoir diffuser un petit film montrant l’attente de ces chers bambins.
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L’avocat de Terenson avait bien tenté d’objecter mais le juge après avoir la certitude qu’il ne s’agissait pas d’un canular, accorda la diffusion.
Il avait alors fait rentrer un technicien du FBI qui avait certifié que les images étaient réelles et que ce qu’on voyait sur ce document était authentique. Raoul, l’expert du FBI n’était autre que le fils de sa tante Maria.
Viva la « latino connection », pensa t’il alors que le futur ex-mari de sa cliente parlait avec agitation et nervosité à son avocat.
Le film n’eut même pas besoin d’être diffusé. Dommage car on y voyait Terenson et nombres de ses amis avec ces pauvres et si jeunes enfants des deux sexes en train d’abuser d’eux. Mais le plus important était fait. Après une demande de suspension de séance prétextant le besoin de temps pour préparer un contre interrogatoire, les deux parties se rencontrèrent. La conciliation fut vite trouvée. La moitié de la fortune de son mari, deux cent cinquante millions de dollars plus les quatre résidences préférées de sa cliente dont le ranch familial.
Voilà l’accord qui fut signé cet après-midi là.
Le tout fut plié en moins d’une demi-heure. Le juge accepta la conciliation et clôtura la séance non sans avoir averti Monsieur terenson qu’une enquête pour détournements et agressions sexuelles sur mineur allait être ouverte.
Trois policiers procédèrent dans le plus grand tumulte à son arrestation sur l’injonction du juge.
Une fois qu’il fut sorti de la salle, l’attention des médias se reporta vers Augusto et sa cliente pour compatir avec elle de son tragique destin, elle qui, ce matin, était encore une catin de la pire espèce. Augusto profita de l’exposition médiatique au maximum. Tout le monde a droit à son quart d’heure de succès télévisuel comme l’a dit… ? Il ne s’en souvenait plus et s’en foutait pas mal ! L’avocat se préoccupait plus à ce moment, que de son nœud de cravate et de la sueur pouvant perler sur son front. Ainsi va la vie pensa t’il, offrant un torse bombé aux caméras et micros qui se tendaient vers lui.
Augusto avait senti le besoin de rentrer à pied pour savourer son succès et prendre le temps de réfléchir aux implications économiques et sociales que cette victoire comme sa prochaine promotion impliquaient.
Voilà la raison de sa présence à cet instant dans cette rue. L’adrénaline à fleurs de peau, il se préparait à fêter la journée qui allait changer radicalement sa vie et celles de sa femme et de leurs deux enfants. Ca y était ! Il allait devenir associé, et ça changeait pas mal de choses et pas seulement du côté « flouze » !
Il allait devenir le modèle de réussite pour la communauté latino-américaine. Une référence, quoi ! Il allait aussi connaître tous les secrets d'alcôve des sociétés les plus secrètes d'Amérique comme la sombre "Solder and Co".

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Mort subite d’un avocat XII

Il attendait ce moment avec délectation. Des mois de filature, des heures à rester par terre sur le trottoir et deux semaines à croupir dans un tribunal, à devoir subir ce cirque.
A réécouter ce qu’il savait déjà. Ces nuls ! Ils en savaient beaucoup moins que lui mais c'était vrai que cet avocaillon était bougrement malin et avait su prendre sans se poser de question les informations qu’il lui faisait tomber du ciel. Oui, il était bien l'un d’eux !

Mais le principal était fait. Bon dieu que c’était bon de sentir ce courant électrique lui parcourir le corps. Même la sueur qui perlait à la base de sa nuque et sous ses aisselles lui semblait agréable. Aujourd'hui, elles étaient annonciatrices de sa première action d’éclat en solitaire, de sa première récompense. Il en frissonnait de plaisir.
"Plus qu’six minutes et il est à moi. Ca commence à sentir bon la testostérone, hein mon mignon petit homme de loi à moi !" pensa t’il, impatient de savoir si tout allait se passer comme prévu.
Appuyé contre ce vieux mur de briques, tête baissé, habillé en hayon, une coupelle posée devant lui à même le sol, personne ne pouvait se douter de la tempête qui bouillonnait en lui et qui allait bientôt ravager les alentours. Seul le battement frénétique de son pied sur le trottoir marquait son excitation. Mais qui allait s’occuper du pied d’un moins que rien qu’on avait renoncé à chasser tant il paraissait insignifiant et qui était devenu invisible pour les habitués de cette rue commerçante.
- Carla me l’a assez seriné. Les cibles ne doivent jamais être détectables facilement. Alors messieurs- dames, préparez-vous au grand feu d’artifice ! Et mes condoléances pour les familles ! Comme dans les films avec « shwarzy » du temps de sa splendeur ! "Terminator" et ses copains d’Hollywood ne le renieraient pas aujourd’hui se promit-il.
- Quatre minutes ! Encore quatre petites minutes à attendre. Il se remémora une dernière fois ce qui l’avaient amené à choisir cette rue, cet endroit et ce qui allait s’y dérouler. Et la véritable cible. Il se sentait encore fatigué par ces derniers jours de stress à s’assurer que tout se déroulait selon son plan, mais bientôt, il péterait le feu. Le goût métallique du festin à venir mettait sa bouche en feu.

Il avait mis du temps à trouver l’endroit idéal. Cette rue commerçante où la vie ne s’arrêtait jamais de grouiller lui était soudain apparu comme le lieu parfait pour terminer la phase deux de son « job d’été ». C’est pourquoi cela faisait plus de trois semaines qu’il restait assis au même endroit dès que les audiences se terminaient. Il avait pu noter mentalement chacune des petites habitudes qui rythmait la vie de la rue où il mendiait.
La secrétaire tartinée de crèmes diverses et aussi bandante qu’un vieux sapin de Noël qui descendait à quatre heures pour s’en griller une. Le balai incessant des livreurs de pizza et autres chinoiseries sur leurs pétrolettes. Y’avait aussi la place de stationnement que se réservaient les commerçants devant leurs boutiques en bon gros privilégiés. Comme si la rue leur appartenait à ces branleurs !
Tiens donc ! Voilà la tarlouze de fleuriste qui rajustait jusqu’à douze fois par jour ses bouquets avec des gestes de danseuse étoile périmée en reluquant en douce les jeunes livreurs. A deux pas de là, l’épicier pakistanais qui se tirait la bourre à grands coups de panneaux promotionnels avec son homologue de produits biologiques de mes deux, le boucher aux allures de rumsteck sur pattes.
Et le bouquet final ! La horde de femmes au foyer insatisfaites au pieu qui venaient venger leurs frustrations en venant tâter du melon et de la volaille. Tout ça pour préparer le repas qui allait faire tomber par terre les invités du soir. Toutes ces bonne-femmes qui déambulaient avec la marmaille obèse au train, leurs sacs de marque serrés sous le bras comme le saint Graal. Ben ouais ! Tout ce petit manège allait arrêter de tourner. Et il s’en délectait d’avance.
Vingt-sept nuits qu’il préparait la fête de cette « petite rue si convenable », si discrètement que même les pigeons dormant sur les toits n’y avaient rien vu.
Subtilement, il leva le nez et huma l’air en quelques fortes inspirations, comme un fauve sentant la viande fraîche.

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CHAPITRE XIII

BAPTÊME



- Ca y est, le voilà ! Il se redressa doucement, fit mine de s’enlever la poussière de ses vêtements crasseux et se dirigea vers une vieille Ford Taurus bleu marine garée au coin de la ruelle séparant deux blocs d’habitation.

Il sentait la proie se rapprocher. Il sentait son cœur se ralentir et changea ainsi de mode de vision. En se concentrant à l’extrême, il pouvait voir le reste de la scène au ralenti. Il pouvait ainsi anticiper le moindre changement d’attitude de chacune des personnes se trouvant dans la rue. Il regarda dans la direction de sa cible et marmonna sans s’en rendre compte :
- Hé, l’avocaillon, t’as l’air heureux hein ! Tes hormones sont aux max, pas vrai ! Dommage, bobonne ne pourra pas en profiter ! Pour une fois qu’t’était en forme, du con! T’inquiètes pas pour elle ! La jeunesse va passer pour satisfaire Madame ! De toutes les façons, dans trois minutes elle ne voudra même plus de toi avec la tête que t’auras!

Augosto remontait la rue la tête haute. Il slalomait avec habileté entre les clientes de cette voie commerçante. Il l’empruntait chaque fois qu’il faisait assez beau pour renter chez lui à pied. Mais aujourd’hui, il aurait pu pleuvoir des grêlons gros comme des œufs qu’il ne s’en serait pas aperçu. Il avait l’impression de voler à cinq centimètres au-dessus du trottoir.
Il regardait fièrement les divers magasins quand son attention fut attirée par le « SDF » qui traînait là depuis quelques semaines. Il se tenait debout et époussetait ses pauvres loques qui lui servaient de vêtements. Se disant que c’était le jour ou jamais, il sortit deux billets de dix dollars de sa poche de veste, mettant sa sacoche sous son bras. Il allait faire un heureux !
- C’est pas tous les jours qu’on doit lui donner une somme pareil, non d’un chien ! Se dit-il à lui même, repensant à la soirée qu’il allait offrir à sa femme et le cadeau surprise qu’il sortirait au dessert.
Il avait subtilisé cette vieillerie style « Far-West », ce truc en bois de « je ne sais quoi » sculpté de partout, dont elle raffolait sur la commode de la chambre de l’ex mari plumé de sa cliente.
Il adorait garder un souvenir de chaque affaire qu’il gagnait. Et invariablement, il l’offrait à sa femme qui l’entreposait sur la bibliothèque de leur chambre. Si sa mémoire était bonne, et elle l’était, ce serait le vingt huitième trophée. Et sûrement pas le dernier, songea t’il avec un sourire si large que l’on aurait pu voir sa glotte pour peu qu’on ait le courage de se trouver face au « Loco-Motor ».
Il accéléra le pas, voyant le clochard avancer vers la ruelle séparant le bloc d’immeubles qu’il remontait à grands pas. Il le héla :
- Monsieur, …Jeune homme, hé toi, attend un peu, j’ai quelque chose pour toi ! Attends, bon dieu !
Il Agitait à présent les deux billets de dix dollars, sur de son effet. Il fut ravi de voir que le jeune paumé l’avait entendu et l’attendait à présent, appuyé contre le coin de l’immeuble, n’osant à peine le regarder.
Tout le monde n’est pas un gagnant, il faut des loosers, perçut le chasseur en regardant l’autre crétin. C’est du moins ce qu’exprimaient ses pensées déformées les différentes substances qui dégoulinaient de tous les pores de la peau de ce futur ex-ténor du barreau.
- Allez ! Approche connard ! Ne pu t’il se retenir de penser à voie haute. le jeune homme avait les yeux qui frissonnaient de plaisir, au point qu’il n’osait plus regarder sa proie.

Adossé au mur de brique, il sentit le goût si suave de l’adrénaline mêlée d’acétylcholine lui remonter dans la bouche. S’il ne put se retenir de sourire, il se força à garder la tête baissée.

L’avocat, heureux de voir l’homme sourire à la vue des billets et tendit le bras vers lui.
Le sans-abri se retourna, le regard obstinément fixé sur le trottoir, totalement immobile.
L’avocat, la main toujours tendue se sentait tellement charitable. Quand le mendiant releva la tête et lui offrit son plus beau sourire. Mais augusto s’attendait à tout sauf à ce visage.
C’était le sourire d’un carnassier ayant enfin trouvé sa proie, qu’il avait face à lui. Il se figea net. Seule sa main continuait d’agiter bêtement les billets. Les dents du jeune homme étaient d’une blancheur éclatante et paraissaient celles d’un loup. Une vague d’angoisse submergea Augusto d’un seul coup.
Cette angoisse fut vite remplacée par la terreur quant il croisa son regard.
Un regard vert tirant sur le jaune. Un regard animal et primitif si intense qu’il fut cloué sur place. Il eut l’image furtive d’un petit cochon seul dans la jungle face à un tigre. Toute sa superbe s’était évaporée. Il tremblait et ne se rendait même pas compte que l’homme face à lui, l’avait agrippé par le poignet et le traînait avec une force bestiale dans la ruelle. Mais il ne sentait plus rien Son esprit était totalement accaparé par un de ses pires souvenirs d’enfance, sa pire humiliation. Un jour, alors petit garçon, il n’avait pu se retenir de faire pipi en classe déclenchant l’hilarité générale de ses camarades. Il en avait été tellement gêné, qu’il s’était enfui de l’école et avait refusé d’y retourner durant plusieurs jours.
Enfin, il reprit ses esprits :
- Mais qu’est-ce que…Tenta t’il d’articuler
Puis ce fut le noir. Sa tête venait de heurter le mur contre lequel il était maintenu avec une violence inouïe.
- Ravi d’faire ta connaissance du con ! T’as le bonjour d’un chasseur ! Et pas de chance pour toi mon gars c’est toi ma proie !
Toujours paralysé par le choc et la peur que ce regard lui avait inspirée, Augusto ne tenta plus le moindre mouvement pour se dégager. Même quand il sentit qu’on lui arrachait sa précieuse sacoche en cuir retourné avec ces précieux dossiers.
Le jeune homme ouvrit la si chère sacoche, attrapa le trophée volé de l’avocat, le glissa dans sa poche, et laissa choir le reste et son contenu à terre.

Il passa alors à l’action. Il se plaça face à sa cible et saisit d’un geste rapide et sauvage le cou de sa cible, empêchant le sang de circuler, étouffant le cerveau. Sa main droite commençait d’exercer une pression d’une force inouïe sue le globe oculaire gauche de sa victime.
En moins de deux secondes, l’homme de loi gisait par terre, le cœur privé du flux sanguin. Un œil se balançait mollement sur sa joue, retenu seulement par le nerf optique.
Le chasseur fut parcouru d’un frisson de plaisir. Il sortit de sa poche une sorte de tube chromé qu’il introduit aussitôt dans le globe oculaire vide et sanguinolent de l’homme inerte. Le chasseur prit grand soin de l’enfoncer jusqu'au point requis avant d’exercer une légère pression l’arrière du tube. Quatre griffes métalliques sortirent alors de l’autre extrémité du tube, s’enfonçant dans le trou béant laissé par l’œil, écartant les chaires à vifs.
Un bruit de succion se fit entendre pendant qu’une longue et large aiguille s’enfonçait jusqu’au lob frontal du cerveau de la victime.
- Allez le grand manitou du barreau, me claque pas entre les mains ! Plus que quelques secondes et je te libère de tout, promis !
La réponse tint en de brefs gémissements, Du sang commençait à s’écouler par la bouche de l’homme énucléé.
- Trois, deux, un, finito, grand chef ! Allez ! Tu peux essayer de rentrer chez toi, Mais avec la tête que t’as, pas sur que bobonne te fasse ta fête ce soir, Hein ? Dit-il en éclatant de rire. Tiens et ça c’est pour que tu reste un peu plus calme, dit-il en lui assénant un violent coup de pied dans l’estomac.
L’avocat hoqueta deux fois avant de rendre le hot-dog qu’il avait mangé gloutonnement un peu plus tôt dans la journée.
Visiblement satisfait du résultat, le chasseur retira le tube de l’orbite de sa victime et le plaqua doucement à l’arrière de son cou, à la base de la colonne vertébrale. De nouveau, il exerça une légère pression à l’arrière du tube.

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Une décharge intense le parcouru. Il chancela un dixième de seconde avant de s’approcher à nouveau de l’avocat et de lui glisser à l’oreille :
- Je m’ sent beaucoup mieux bonhomme. Muchas gracias ! Maintenant, bouge pas trop et mate un peu, enfin avec ce qui te restes pour zieuter ! Le spectacle va commencer ! Ta récompense quoi !

Le chasseur se retourna et commença à courir dans l’étroite ruelle. Son accélération fut foudroyante. Arrivé au milieu de celle ci, il bondit avec une agilité déconcertante jusqu'à la passerelle métallique du premier étage des escaliers de secours qui recouvraient le côté du bâtiment. Il continua son ascension à une vitesse vertigineuse, alliant souplesse et force pure. C’était comme s’il flottait sur l’enchevêtrement de poutrelles et d’escaliers.
Tarzan passant de liane en liane serait passé pour un vieillard sénile dans un parc à jeux.
Il se propulsa de plus de trois mètres sur le toit plat du bâtiment, en un dernier mouvement d’une agilité sidérante. Il s’approcha d’une vieille couverture, la jeta derrière lui et prit le lourd fusil à lunette qu’elle dissimulait. Sans perdre un dixième de seconde, le jeune loup courut vers le coin Nord de l’immeuble tout en vérifiant le réglage de la lunette. A deux mètres du vide, il plongea à terre, glissa sur le sol, posa son arme sur le rebord de l’immeuble et se mit en position de tir.
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- Allez le steack sur patte, une p’tite prière ! deux coups de feu retentirent.
Le boucher se tenait sur le pas de son commerce. Il se retrouva projeté par les balles, une au thorax et l’autre en plein front, au fond de son commerce, des morceaux de cervelle, de peaux et d’os éparpillés de l’entrée au fond des étales de la boutique.
- Une véritable boucherie ! susurra le chasseur en laissant éclater un rire sonore qu’il eut le plus grand mal à réfréner.
- Allez, au suivant ! Murmura le sniper un large sourire éclairant son faciès de fauve.
Le déluge de balles commença. Le fleuriste, trois ménagères et les deux épiciers concurrents furent abattus comme des canards sur un stand de tir de fête foraine.
- Sur ce coup là, pas de jaloux, hein, les épiciers de mes deux ?
Le chasseur changea légèrement de position de position et pointa son arme vers le coin de la rue où la panique générale régnait déjà.

Cette panique se transforma en chaos total lorsque qu’une balle atteignit le réservoir d’un petit camion de livraison garé en double file. Sous l’effet du souffle la plupart des vitrines de la rue volèrent en éclat.
Les blessés se comptaient maintenant par dizaines. Une multitude de personnes erraient, slalomant entre les corps gisant à terre, appelant au secours, un portable à la main quand cela leur était encore possible. Brûlés, déchiquetés, saignant abondement de plaies par balles, la mort faisait son œuvre.
- Encore un détail et c’est fini ! Se dit-il à voie haute, installé au paroxysme de l’excitation par l’alchimie de ce qu’il avait prélevé sur l’avocat et de la réussite visible de son plan.
- Le chasseur changea à nouveau de position, se releva et pointa son arme vers l’avocat qui avait vainement essayé de ramper vers les poubelles adossées aux murs de la ruelle.
- Vivace le bestiaux ! T’aurais au moins pu éviter de laisser autant de sang p’tit père, c’est trop facile, ricana t’il.
D’un geste de défi il délaissa la lunette de son fusil et tira au jugé. La balle entra par une oreille et fit éclater l’ensemble de la boîte crânienne. Des morceaux d’os et de cervelle de l’ex-homme de loi se retrouvèrent éparpillés sur les murs des deux côtés de la ruelle.

Augusto ne deviendrait jamais autre chose qu’une victime anonyme parmi dix-huit autres cadavres du « sniper fou » comme titrèrent les journaux du lendemain.
Jamais il ne serait l’éminent représentant de la communauté latino-américaine que son destin était censé lui réserver.

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Le chasseur se mit à courir jusqu’à l’extrémité opposée du toit de l’immeuble. D’un bond prodigieux digne d’un Carl Lewis de la grande époque, il sauta par-dessus la rue perpendiculaire à celle du carnage. Il atterrit six mètres plus bas, en roulé boulé, au troisième étage de l’immeuble d’en face. Il Fracassa la fenêtre d’un appartement encore vide à cette heure de la journée, sans le moindre dommage pour sa propre personne.
Cela faisait neuf semaines qu’il avait noté avec soin les moindres déplacements des différents occupant de cet immeuble et visité les moindres recoins de cet appartement. Sans reprendre son souffle, il traversa l’appartement et sortit sur le palier. L’arme était dissimulée sous son long manteau qu’il avait pris soin « d’emprunter » dans le dressing room avec une paire de mocassin flambants neufs.

Anonyme parmi les habitants de cette résidence de standing il ralentit l’allure, prenant l’air dégagé de l’homme d’affaire se rendant à contre cœur à un dernier rendez-vous. La luxueuse sacoche précieusement serrée sous son bras et ses gants de cuir, trouvés aussi dans l’appartement, accentuaient encore l’aspect raffiné du personnage.
Ses yeux ne reflétaient plus autre chose que la contrariété de ne pouvoir terminer la journée avec sa famille. Il salua aimablement une femme élégante qui sortait de l’ascenseur. Il la salua sans relever la tête et s’engouffra dedans. Il descendit se permettant un large sourire jusqu’au rez-de-chaussée. Arrivé dans la rue, il entendit parfaitement les sirènes hurlantes des ambulances qui venaient constater le massacre perpétré à peine sept minutes auparavant.

Quand il se fut éloigné de trois blocs, un crissement de pneu aussi long qu’une nuit canadienne le fit largement sourire. Son initiation venait en fin de prendre fin. Une voix féminine, qui sentait l’expérience et la vodka à plein nez, passa par-dessus le vacarme du trafic automobile.
- Allez monte, t’as réussi tes débuts mon p’tit chérubin d’amour. Viens faire un câlin à maman mon bébé !
En un éclair le sourire carnassier réapparu sur le visage de l’auteur du massacre. Il se retourna et sauta d’un bond de plus de deux mètres pour atterrir sur le siège du passager de la décapotable de luxe que conduisait celle qu’il considérait comme sa mère.
- Alors, t’as trouvé ça comment Carla ?
- P A R F A I T, répondit-elle avec une pointe d’orgueil dans la voix. Et elle s’autorisa un geste rarissime pour une femme de cette trempe. Elle lui caressa lentement la joue du revers de la main alors qu’elle redémarrait se fondant dans le trafic faisant fi des coups de klaxon qui provenaient de la petite centaine de véhicules outragés par ce manque de civisme inqualifiable.

Carla laissa passer cinq bons kilomètres avant de reprendre
-Ce soir, on va essayer de fêter ta journée avec le grand boss. Quand on va lui donner le précieux sceaux ! C’est que j’aimerai bien qu’on profite de ton succès pour qu’il nous confie la mission que j'ai en tête depuis un bout de temps. J’en un peu ras le bol de faire la nounou, mon roudoudou. Même pour toi, mio filio, finit elle en prenant le ton rauque de Brando dans le « Parrain ». t’es ok p’tit tigre ?

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GRAND CHEF MORT AU TRAVAIL DE SOLDER

CHAPITRE XIV


Humphrey Solder parlait maintenant depuis plus de vingt minutes. Pour la plupart de ses employés qui l’écoutaient, c’était un déchirement. Il est vrai que la majorité d’entre eux travaillait pour Solder’s and Co depuis plus de vingt ans. Une bonne trentaine d’entre eux pouvaient même se targuer d’être au service de la société agroalimentaire depuis sa création en 1957. Ces employés de toujours ne voyaient pas le vieux monsieur au costume maintenant bien trop large. Ils gardaient en tête l’homme à la carrure de footballeur qui faisait se retourner la plupart des femmes. De cette force de la nature, capable de faire le travail de chacun d’eux, il ne restait plus que les énormes battoirs qu’il agitait encore et toujours avec fougue, comme à chaque fois qu’il faisait un discours.

L’entreprise, spécialisée dans la transformation de produits dérivés à base de maïs, avait vu son activité se développer régulièrement, insensible aux différentes crises économiques boursières, économiques et plus récemment au choc de la mondialisation. La société paraissait insensible aux gesticulations du monde extérieur.
L’immense majorité des employés de Solder’s and Co y voyait là l’émanation du génie de Monsieur « Hum » comme ils aimaient surnommer Monsieur Solder. C’est pourquoi ils étaient si inquiets de le voir chanceler et s’accrocher à son micro comme à un grappin avant un inévitable dévissage, debout sur sa petite estrade. Il paraissait malade, salement atteint, d’un cancer ou quelque chose d’aussi définitif si l’on en croyait les rumeurs courant des chaînes de fabrication aux bureaux des cadres.

- Il est temps pour moi de me retirer. Ces cinquante années à travailler avec vous auront été le plus grand bonheur de ma vie. Les plus anciens d’entre vous se souviennent des vieux hangars dans lesquels nous avons démarré. Regardez autour de vous ! Ces magnifiques bâtiments sont le fruit de notre travail. De notre travail à nous tous et vous pouvez en être fière. Il y a maintenant plus de trois mille personne sur ce site et je compte sur chacun de vous pour faire en sorte que ce nombre ne cesse d’augmenter.

Monsieur Solder s’arrêta de parler et se retourna vers son garde du corps. Les employés entendirent une quinte de toux grave et profonde qui souleva un murmure d’inquiétude. Après un moment qui leur parut une éternité, Il repris la parole sur un ton qui fleurait bon la pierre tombale.
- Ne vous en faites pas. La personne que j’ai choisit pour me remplacer n’est autre que Gustave Solder, mon propre fils. Si personne ne l’a encore vu ici, sachez que cela fait plus de dix ans qu’il dirige le conseil d’administration du groupe à Boston. Je souhaitais vous le présenter maintenant mais les nouvelles lois sur la sécurité aériennes lui ont fait rater son vol. Il arrivera donc en fin de journée. Mais il nous arrivera en toute sécurité par la grâce de notre vaillante police.
Monsieur Solder sourit à cette plaisanterie et arriva à détendre un peu l’atmosphère.

- Cela fait des mois que je lui parle de l’histoire de cette entreprise, de ce lieu et de vous tous. Du vice directeur, hein Georges ! Il prit par l’épaule l’homme qui se trouvait à sa gauche. Jusqu’à toi, Charlie, qu’il désigna d’une main tremblotante, dernier arrivé comme cariste, il vous connaît aussi bien que moi. Vous vous apercevrez à peine de mon absence tant mon fils est fier de pouvoir prendre les reines de la maison mère et fondatrice de notre société.

Il reprit son souffle avant de poursuivre :
- Je sais que « Hum » vous manquera. Vous me manquerez aussi. Mais très vite, je vous en fait le serment, vous ne pourrez plus vous passer de « Gus ».
Un petit rire poli parcouru l’auditoire, mais tous étaient inquiets de l’apparition soudaine de ce Gustave Solder dont ils n’avaient jamais entendu parler jusqu’à ces derniers jours. Jusqu’à ce que la rumeur ne se charge de répandre la nouvelle.
Quand les murmures cessèrent, Monsieur Solder repris, bien décidé à rassurer ses fidèles employés :
- Je resterai à ses côtés mais dans mon canapé où vous pourrez toujours me joindre par les soins de ma bonne Lucie, la secrétaire idéale, la seule femme à qui je suis resté fidèle depuis toujours et que j’emmène avec moi à la maison. Les présentations avec mon fils auront donc lieu en toute fin d’après midi. Nous aurons à cette occasion de… CRRR…PFFFT…CRRR. La sono se mit à émettre de nombreux et inquiétant grésillements. Toutes les personnes présente sur le parking, seul endroit assez vaste pour réunir tous les employés, levèrent la tête en direction de l’estrade. L’inquiétude se lisait sur l’ensemble des visages.
Monsieur Solder se redressa violemment, agrippa le micro devant lui, émit une suite de son caverneux et inintelligibles, pour finir par tournoyer sur lui même comme dans une danse de fin de soirée trop arrosée. Le micro toujours en main il s’affala de tout son poids sur le bitume du parking. Le son de la chute repris par le système de sonorisation, toujours en marche, fit hurler la moitié des personnes présentes. Les craquements que les employés entendirent leur firent dire plus tard aux journalistes qu’il avait du se rompre au moins la moitié des os du corps.

§§§§§§

L’ambulance arriva moins de quinze minutes pendant lesquelles le garde du corps de Monsieur Solder tenta de sauver son patron.
Les employés formaient à présent un cercle autours du corps au teint grisâtre gisant à terre. Personne n’osant s’approcher de la dépouille de l’homme qu’ils avaient tant aimé.
CHAPITRE XV

RESURRECTION



L’ambulance n’avait parcouru qu’une petite dizaine de kilomètre quand elle s’immobilisa. L’endroit était désert. Des champs à perte de vue. Le chauffeur se retourna et demanda :
- Quelle direction maintenant, patron ?
Une voie légèrement étouffée lui répondit de l’arrière du véhicule.
- Roule doucement et tu vas trouver un sentier à une centaine de mètre sur ta gauche. Prends le et arrêtes-toi dès que t’arrives dans les bois. Ok !
- Ca marche patron ! Répondit le conducteur de l’ambulance qui remit le moteur en marche avant de prendre la direction du chemin de terre dans le quel il s’engagea à faible allure.
- Ca va abruti ! Je suis pas vraiment malade, des fois que t’aurais oublié ! Accélère un peu, non d’un chien. J’ai pas toute la journée.
Le chauffeur obtempéra et accéléra. Il s’immobilisa de nouveau, une fois arrivé dans le sous bois non loin d’une magnifique Mercedes noire garée là au milieu de nul part.
Un infirmier descendit rapidement de la camionnette et ouvrit en grand les portes à l’arrière de l’ambulance.
Un individu en sorti. Il ressemblait trait pour trait à Monsieur Solder mais en vingt-cinq ans plus jeune.
- hou la, ça fait du bien de pouvoir respirer un peu d’air frais sans cette gangue de peau flétri ! Bon sang c’que c’est bon. J’aurai pas pu tenir une semaine de plus.

C’était bien le bon Monsieur « Hum » qui parlait. Sa voie aussi avait rajeuni. Il se dépêcha d’enfiler un nouveau costume, tout aussi chic mais dont la taille était beaucoup plus récente que l’autre, celui du vieux Monsieur Solder.
Après avoir enfilé ses chaussures, il fit deux trois mouvements de gymnastique puis se dirigea vers la berline noire. Il ouvrit la porte et se retourna vers les deux hommes habillés en infirmier.
- Bon boulot les gars ! Me voilà reparti vers une seconde jeunesse. C’est pas le rêve de tout le monde, non ?
Les deux infirmiers acquiescèrent avec un demi-sourire où la crainte pouvait se lire. L’un d’entre eux demanda :
- On peut y aller maintenant, chef ?
- Bien sur les enfants ! Rendez-vous ce soir à l’entrée Nord de mon laboratoire. Enfin si vous voulez toucher votre argent, annonça le nouveau patron de « Solder’s and Co ».

Il les gratifia d’un sourire qui dévoilait des dents blanches parfaitement alignées à l’opposé des dents jaunies de l’homme qui parlait, il y a encore une demi-heure, perché sur une estrade.
Il continua de leur parler sans les quitter des yeux, commençant à se diriger vers sa voiture :
Moi, faut que je retourne faire connaissance avec ces péquenots qui doivent encore pleurer leur bon et vieux patron et les rassurer que la relève est bien prise par son jeune et dynamique fils. Alors à ce soir les garçons ! Et encore merci pour la balade !
Il s’engouffra dans la voiture et démarra en trombe, saluant au passage les deux hommes qui souriaient d’avance aux gains qu’allait leur rapporter cette petite blague. Il n’y avait plus la moindre trace d’inquiétude sur leur visage.

§§§§§§§§§§

Ils attendirent dix minutes comme prévu, discutant de ce qu’ils allaient faire de leur argent si facilement gagné quand l’un d’eux se retourna et dit
- T’as entendu ?
- Entendu quoi ? Répondit l’autre
-Là, des craquements devant l’ambulance ! Allez démarre, on se tire d’ici et en vitesse ! J’suis pas à l’aise à la cambrousse, moi !
- T’es complètement parano mon pauvre ! C’est qu’un petit renard ou une autre bestiole, pas le monstre du Loch Ness fillette ! Mais t’as pas tort. Filons d’ici et allons nous jeter un godet ou deux en ville en attendant de toucher le pactole. Mais fais gaffe à ce que tu dis. T’as toujours eu tendance à trop parler, pas vrai ?
- C’est vrai que j’ai jamais vu un job aussi facile, Ajouta le deuxième infirmier en ouvrant la porte de l’ambulance.
Les deux hommes à bord, le chauffeur fit tourner la clé de contact. Le moteur toussota puis s’étouffa avant de s’arrêter. A chaque nouvelle tentative, le moteur gémissait de moins en moins fort. Le chauffeur furibard, regarda son compère et beugla :
- Qu’est-ce que c’est que cette merde, non de dieu ? Ca marchait y’a cinq minutes à peine et j’ai révisé entièrement le moteur ce matin, bordel de chiotte !
Les deux hommes réessayèrent encore deux fois de faire partir le moteur avant de se rendre à l’évidence. Il y avait un problème sous le capot. Le chauffeur demanda :
- Va jeter un oeil au « delco », tu veux bien ? J’ai pas envi de rester moisir ici longtemps. On a un rendez-vous important ce soir j'te ’rappelle !
- J’y vais. Mais à mon avis t’as autant révisé ce moulin que tes examens de fin d’école, du gland ! Et j’te rappelle que j’aime vraiment pas la campagne alors on fait vite. Ok !
L’homme ouvrit le capot de l’ambulance et s’écria : Bon dieu, d’bon dieu, qu’est ce que c’est que ce merdier ! Viens voir, tu veux ?
- L’autre homme le rejoignit et s’étrangla presque à la vue du moteur.
- Je te jure que ce matin, y’avait rien du tout là-dedans ! C’est quoi cette mousse, non de dieu, un extincteur secret ?
Alors que les deux hommes continuaient de s’engueuler copieusement, leurs pieds s’enfonçaient dans un tapis d’humus bleu, humide et profond qui se développait à grande vitesse autour d’eux. Elle s’attaquait maintenant à grimper le long de leurs jambes. De faibles lueurs argentées parcouraient maintenant cette masse de filaments touffus. C’était comme si un courant électrique alimentait ces fibres végétales, allant et venant à partir de l’arbre majestueux sous lequel se trouvaient les deux hommes.
Les deux hommes étaient loin de s’imaginer qu’il était déjà trop tard pour eux ! Et pendant qu’ils se rejetaient la faute l’un l’autre, ils ne pouvaient concevoir les horribles souffrances qui les attendaient. Même dans leurs ultimes instants ils ne pourraient comprendre qu’ils avaient juste été des jouets de l’histoire séculaire dont ils n’étaient que des pions.
Quand l’emprise de l’étrange mousse luminescente se fit plus importante, les deux hommes réagirent. Enfoncés maintenant jusqu’au genoux dans cette masse qui ne cessait de vouloir les engloutir, ils essayèrent en vain de tout arracher avec leurs mains, leurs pieds et tout ce qui leur était encore accessible. Mais les fibres végétales présentent dans le moteur s’étaient invitées au festin, elle aussi parcourue d’inquiétantes lueurs. Des millions de filaments commençaient à venir s’enrober autour de leurs bras et de leurs torses à une allure prodigieuse, comme autant de serpents.
Les deux hommes tentèrent bien de bouger et d’arracher cette maudite mousse, mais cela ne servait plus à rien. Elles luisaient de mille feux alors que les deux hommes se retrouvaient paralysés. La terreur les envahis quand l’humus pénétra dans leur bouche, les empêchant de respirer en formant e une balle hermétique au fond de leurs gorges.
Moins de deux minutes plus tard, on entendait plus que des cris étouffés, à peine perceptibles. Ces dernières exhortations disparurent très vite. Il ne restait plus qu’un énorme tapis de mousse qui continuait de grossir à une vitesse phénoménale. Une très forte lumière blanche rayonna quelques instant sur l’ensemble de cet épais tapis avant de rejoindre l’arbre recouvrant la scène de ses branches. Et puis, plus rien, tout s’éteignit. Aussi soudainement que le phénomène était apparu. Puis, dans un silence de cathédrale, rien ne bougeant plus dans le bois environnant, l’humus commença à se contracter. Les quelques animaux encore présent aux alentours purent entendre de lugubres craquements qui venaient aussi bien des restes des deux hommes que de l’ambulance qu’on ne discernait même plus tant elle avait été déformée. Le mouvement de contraction des ces fibres végétales s’accéléra tant, qu’il devint impossible à discerner. En moins d’une minute, il ne restait plus rien. Les deux hommes comme l’ambulance avaient été engloutis
Il ne restait plus à voir qu’une épaisse couche de mousse verdâtre au pied d’un arbre majestueux.
Un arbre qu’aucun naturaliste au monde n’aurait pu nommer sans se tromper.

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Le « nouveau » Monsieur Solder, débarrassé des dernières rides qu’il portait sur le visage il y a encore une heure, avait déjà complètement oublié l’existence de ses deux hommes de main. Alors qu’ils disparaissaient de la surface de la Terre, il commençait son discours devant des employés, ayant repris sa place sur l’estrade.
S’ils étaient toujours sous le choc de la perte probable de leur cher « Hum », ils étaient médusés par la ressemblance de stature et de trait entre l’homme qui leur parlait et leur vieux patron, des années auparavant, à son arrivé dans l’entreprise. Tous avaient vu les nombreuses photos de leur ancien patron qui ornaient les murs des locaux administratifs.
Même entre un père et son fils, une telle ressemblance relevait de la coïncidence génétique. C’est du moins ce que la plupart des plus anciens employés pensèrent. Pourtant, il était bien là, sous leurs yeux. Seul le ton de sa voix, jeune au débit fluide, rapide et aux intonations qui montrait toute la bonne éducation reçue, les différenciait à coups sûr. Déjà, tous les membres de Solder’s and Co étaient déjà sous le charme de leur nouveau patron, moderne mais tout aussi paternaliste que le vieux Monsieur Solder.
Oui, il les connaissait déjà tous ou presque, comme « Hum » leur avait dit !
A présent, plus personne ne redoutait ce changement de direction. C’était l’effet escompté par le « jeune » patron.
Au final, peu de personnes présentes lors de la chute de « Monsieur Hum » demandèrent de ses nouvelles.
Le changement de direction s’était passé comme une lettre à la poste au grand plaisir de Gustave Solder.

Il était reparti pour trente bonnes années de tranquillité. Il avait largement gagné le temps nécessaire à la réalisation du projet sur lequel il travaillait depuis si longtemps.
La phase « Attaque » devait d’ailleurs débuter dans les prochaines semaines. Juste le temps qu’il fallait pour s’assurer de la fidélité du « gosse » qui avait, selon ses sources, bien débuté sa« Mission ».
Quelle serait la position du môme ? Une grosse partie du plan de reconquête reposait sur sa détermination. Eliminer la cible et détruire ce dernier noyau ne serait pas chose facile. Il avait mis toutes les chances de son côté. Carla l’avait formé et si jamais il y avait un problème, le rendez-vous fixé, au cas où, serait définitif qu’il soit un allié ou non.
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ANUA SANS DESSUS DESSOUS



Il était huit heures mois dix et Anua se sentait proche de la crise de nerf. Elle marchait en tous sens dans son salon comme un chat tournant autour de son bol pendant que son maître ouvre le sac de croquettes.
Son cerveau, d’habitude si subtile, était incapable du moindre raisonnement. Sa concentration était entièrement tendue vers la petite pendule rococo que sa grand-mère lui avait offerte quant elle était encore une petite fille. L’angoissante pendule trônait sur le guéridon, à gauche de la porte d’entrée, entre le téléphone et une pile de livres qu’elle se jurait presque chaque jour de ranger. Anua regardait l’aiguille des minutes incapable de la lâcher des yeux au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de l’heure fatidique.
- Encore neuf, neuf saloperies de minutes ! Lâcha t’elle sur le point d’exploser.
Ce petit manège durait maintenant un bon quart d’heure et menaçait de la rendre folle pour toujours.
Elle ne sentait même plus ses mains dont les ongles rongés jusqu’au sang ressemblaient plus à des petites saucisses, qu’aux outils si fins qui avaient permis à l’homme de se distinguer si vite des autres mammifères.
La sonnette retentit. Anua eut un sursaut et trébucha en se retournant vers la porte. Elle s’affala de tout son long sur l’épaisse moquette beige qui recouvrait le sol de son appartement. Un cri de douleur resta coincé dans la grosse boule qui lui bloquait la gorge depuis qu’elle savait son père en danger. Elle se redressa vivement, la douleur de sa cheville effacée par son cerveau et regarda une nouvelle fois l’heure, totalement obsédée. Elle retrouva un peu de lucidité et se rappela que son amie Billie devait également passer avant vingt heures.
Anua fixa la porte ne sachant quoi faire. Cela ne pouvaient être les ravisseurs de son père, ils s’étaient montrés jusqu’à présent beaucoup méticuleux pour arriver avec presque dix minutes d’avance. A moins qu’il ne s’agisse encore d’une manière, pour eux, de bien lui faire comprendre qui menait le jeu. Sinon, s’était Billie et il lui fallait très vite trouver un plan pour la faire déguerpir. Pas question de garder à la maison quelqu’un qui fourrait son nez partout comme sa meilleure amie !
Après un moment qui lui parut une éternité, Anua se souvint de l’œil de bœuf dont était dotée sa porte. Elle s’approcha sans bruit et regarda qui attendait sur le palier. C’était bien sa copine qui attendait de l’autre côté de la porte. Cherchant une idée qui puisse la décourager de rester, Anua ne remarqua pas l’air affolé du visage de Billie. Elle ne remarqua pas non plus la dizaine de clins d’œil qu’elle lui adressa sachant parfaitement qu’on était en train de l’observer par l’œilleton.

Anua se décida enfin d’ouvrir la porte. Elle fut immédiatement projetée en arrière prise au dépourvue par l’entrée fracassante de Billie qui avait été littéralement catapultée sur elle. Ce n’est qu’une fois au sol qu’Anua aperçut l’agresseur.
Sa copine, la bouche en sang à la suite du choc, gisait par terre à côté d’elle, à demi inconsciente. Reprenant ses esprits, Anua détailla, la vision encore brouillée par le choc, l’intrus qui se tenait dans l’encadrement de la porte. Elle remarqua instantanément sa stature imposante. Il devait bien dépasser le double mètre et était aussi large que la penderie de sa chambre. Du moins, vu du sol !
Pendant qu’elle se redressait péniblement, elle tenta de discerner les traits de l’homme qui avait fait irruption chez elle en se servant de sa meilleure amie comme d’une auto tamponneuse.
Elle ne put remarquer grand chose, l’agresseur portant un large sweater vert dont la capuche maintenait dans l’ombre la quasi-totalité de son visage. Elle ne pouvait que distinguer les formes de ses lèvres charnues et de son menton aussi carré qu’un « Rubik’s cube » géant.
Billie repris ses esprits, touchant son visage tuméfié tout en regardant si sa copine allait bien.
Les deux jeunes femmes s’étaient maintenant remise sur leurs pieds et reprenaient leur souffle, pliées en deux. Anua tentait d’enrayer le saignement de nez de Billie, à grand renfort de mouchoirs en papier. Par chance, la boite de « Kleenex » était toujours à sa place, au pied du canapé où Anua se morfondait encore sur son sort, il y a quelques heures à peine.

L’homme entra, ferma la porte et sortit d’une de ses poches un rouleau d’adhésif toilé. Avec calme et sans violence aucune, il fit asseoir les deux femmes les menant par le bras jusqu’au sofa. Une fois assises, il leur intima le silence d’un chut sonore, le doigt devant la bouche. Un peu comme un ordre gentiment donné à des enfants.
Aucune des deux amies ne protesta. Il leur attacha habilement les poignets et les chevilles et posa avec une grande délicatesse un morceau d’adhésif sur leurs bouches. Elles trônaient maintenant comme deux potiches sur le canapé. Toujours sans dire un mot, il se retourna vers la porte d’entrée, la referma et se mit à regarder par l’œilleton.
- Bon sang, mais qu’est-ce qu’il voulait ? Il ne pouvait faire partie des ravisseurs, sinon pourquoi cette attitude ? Songea Anua en fixant le géant qui restait muet et immobile, l’œil toujours rivé à l’œilleton.
Le grincement caractéristique des portes de l’ascenseur arriva jusqu’à leurs oreilles.
L’homme quitta sa position et vint se plaquer contre le mur juste à côté de la porte faisant de nouveau face aux deux amies. Il mit un de ses énormes doigts devant sa bouche, les priant une nouvelle fois de ne faire aucun bruit. Devant leur air incrédule, il leur chuchota d’une voix douce et grave :
- N’ayez aucune crainte, Je suis de votre côté ! Excusez mon entrée un peu en force !

Un peu en force ! Les deux femmes ficelées sur le canapé se regardèrent, comprenant qu’il valait mieux ne pas contrarier le « géant vert » tant que cette histoire de fou ne serait pas terminée. Anua se demandait toujours quelle était la part de responsabilité de l’homme dans l’enlèvement de son père. Que voulait-il dire quand il affirmait être de leur côté ?
La situation devenait ubuesque mais elle sentait au fond d’elle-même que cet homme, entré si violemment chez elle, blessant son amie, n’avait rien d’un assassin ou d’un kidnappeur.
Mais s’il n’avait rien à voir avec son père, qui attendait-il avec tant d’impatience ? Elle n'avait palé à personne de l'enlèvement de son père ! Elle était complètement perdue !

Alors qu’il finissait sa phrase, le "colosse capuché" sortit de la poche arrière de son jean un objet qu’Anua, dans son état normal, aurait reconnu instantanément. Un de ces fameux sceaux cylindre, visiblement récent mais ouvragé à l’ancienne. Il ressemblait fort à ceux qui lui avait valu récemment tant de déconvenues. Il l’ouvrit en pressant l’arrière du cylindre avec son auriculaire et sortit en un deuxième, entièrement chromé celui-là, comme s’il s’agissait de poupées gigognes. Un cylindre dans chaque main, le géant reprit sa position dos au mur, à un mètre environ de la porte d’entrée.

Des pas se firent entendre dans le couloir qui menait à l’appartement d’Anua. Ils s’arrêtèrent devant sa porte. La poignée de la porte commença à tourner imperceptiblement. La porte s’entrouvrit sans aucun bruit. Les deux amies confinées sur le sofa aperçurent l’esquisse d’une tête. Elles frissonnèrent comme deux sœurs siamoises quand elles croisèrent le regard de l’homme qui tentait à son tour de rentrer par effraction dans l’appartement.
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Ce regard n’avait rien d’humain. Il se résumait à deux fines lames vertes aux reflets jaunes qui paraissaient aussi inamicales que cruelles.
Il ne lui fallut qu’un coup d’œil pour confirmer son intuition. La situation n'était pas celle à laquelle il s'attendait. Il disparut du champ de vision des deux femmes, et réfléchit brièvement sur la tactique à adopter. De toutes manières, il verrait bien !
D’un seul coup la porte vola en éclat. L’homme se rua dans le salon visiblement peu surpris de voir deux jeunes femmes pieds et poings liés sur un canapé, face à lui. Il ne portait aucune arme visible mais parut déconcerté quand le géant se jeta sur son dos de toute sa masse.
Comment était-ce possible qu’il n’ait rien perçu ?
L’homme aux yeux de lames de couteau essaya de se débarrasser de son agresseur en tournant sur lui-même. Mais le poids de celui qu’il avait sur le dos était tel qu’il finit par perdre l’équilibre. Les deux hommes s’écrasèrent au sol allant jusqu'à faire craquer le parquet sous l’épaisse moquette.

L’homme au regard toujours aussi cruel, plus leste, réussi à se défaire de l’étreinte de son adversaire et à se redresser. Les deux hommes se faisaient maintenant face à face.
C’était David contre Goliath tant la différence de gabarit entre les deux hommes sautait aux yeux. Sauf que ce David là n’avait rien du bon samaritain !
- Ca faisait longtemps qu’on m’avait pas surpris, gros lard ! Allez montre moi ce que tu sais faire, mammouth, qu’on s’amuse un peu !
Pour la première fois, le géant fit entendre sa voix de stentor en répondant :
- T’as la mémoire courte, petit ! Mais c’est pas grave, j’te pardonne, Erik ! C’est vrai que t’était vraiment qu’un têtard la dernière fois qu’on s’est vu ! Et t’as vu ce que t’es devenu sans moi ? Pfff, vraiment Carla n’a pas changé ! Elle a toujours été une mère déplorable, pas vrai ?

Le fait que l’on puisse connaître son nom et des personnes qu’il connaissait parut déstabiliser le kidnappeur, l’espace d’un instant. Il se reprit et foudroya son adversaire d’un regard qui fit frissonner les jeunes femmes. Il sortit un couteau à une telle vitesse que nul, dans la pièce, n’aurait pu affirmer où il se cachait avant d’apparaître dans sa main. Le géant à la voix de baryton avait profité du court moment de surprise de l’homme au couteau pour se rapprocher du guéridon, posant la main sur la pile de livres qui s’y trouvait.
Il se saisit du premier, un lourd annuaire, alors que le couteau venait de quitter la main de l’homme dénommé Erik pour filer droit vers lui. Il leva rapidement l’épais volume devant son visage juste au moment où la lame se ficha dedans. La lame tranchante traversa le botin et ne s’arrêta qu’a quelques centimètres du front du colosse.
Erick, visiblement fou de rage de son échec, se saisit d’un lourd cendrier qui était tombé par terre pendant leur bagarre et le lança avec une force surprenante dans la direction du géant.
Il exécuta dans le même temps un bond qui lui fit traverser la pièce, volant littéralement par-dessus les deux jeunes femmes, toujours assise sur leur canapé. Il atterrit à l’autre bout de la pièce, en équilibre sur la dernière étagère de la bibliothèque, les pieds calés contre les rayonnages.
Le baryton, qui paraissait avoir toujours un dixième de seconde d’avance sur son adversaire, amortit le cendrier avec l’annuaire où se trouvait toujours planté le couteau. Pas du tout étonné par le saut de son adversaire, il se retourna vers lui, le regarda un instant avant de reprendre la parole :
- T’as fini ton numéro p’tit chasseur ! Au lieu de sauter comme un bébé tigre se faisant les dents, tu ferais mieux de regarder ce qui se trouve dans ta nuque. Je te l’ai gentiment planté dans la moelle épinière quand je m’amusais sur ton dos quand t’es rentré si poliment dans l’appartement. Tu vas voir ! C’est génial pour éviter tous surplus d’adrénaline. Bon dodo, p’tit tigre ! §§§§§§§§

Pris une nouvelle fois au dépourvu, le jeune homme aux yeux de fauve, était toujours perché en haut la bibliothèque dans un équilibre précaire. Il se passa la main à l’arrière de sa tête jusqu’à ce qu’il se saisisse du cylindre planté dans sa nuque. Il retira délicatement le tube et l’aiguille de son cou et les jeta violemment par terre aux pieds des deux amies, fagotées sue le canapé.
Anua et Billie essayaient tant bien que mal de suivre les événements. Elle en tournaient la tête à l’unisson, de droite à gauche, à chaque mouvement des deux hommes ou objet volant non identifiés, comme des spectatrices assidues d’un match de tennis.
Erick eut le temps de saisir et jeter mollement un dernier livre en direction du géant avant de chuter lourdement par terre, tremblant des pieds à la tête, les yeux révulsés, un filet de bave s’écoulant par les commissures de ses lèvres.
- Voilà, c’est terminé ! Pour lui, c’est le retour au bercail. Malheureusement, il est sûrement trop tard pour son frère. Il a déjà franchi la limite, il a tué. Et un paquet de gens !

L’homme, nullement gêné par sa grande taille, se pencha vers Erick et s’assura de son état de santé. Rassuré, il se dirigea vers les deux femmes et leur enleva leur bâillon, tirant d’un coup sec sur l’adhésif. Mais pas un cri ne sortit de leur bouche. Elles étaient bien trop choquées pour pouvoir prononcer le moindre mot. C’est lui, au contraire, qui reprit la parole un sourire illuminant enfin son visage :
- Mesdames, dit-il en jetant négligemment sur son épaule le corps du jeune homme secoué de quelques spasmes nerveux, je vais vous laisser pour aujourd’hui. Tenez, je vous laisse le couteau pour pouvoir vous détacher dès que j’aurais quitté l’appartement.
- Ah oui, j’allais oublier ! Anua, je suis désolé, ne compte pas trop revoir ton père. Les monstres qui se sont emparés de lui sont sans pitié. Ils ont du l’abattre juste après l’enregistrement du message qu’ils t’on fait entendre. Je suis désolé de n’avoir rien pu faire pour lui mais je devais te sauver en priorité.
Un silence pesant régna quelques instants, alors que des larmes commençaient de couler sur les joues blafardes d’Anua.
- Il y a des moments dans la vie où l’on aimerait pouvoir se dédoubler, mais ça, je ne peux pas encore le faire ! Je peux pourtant faire beaucoup de choses pour toi, mais ça non ! S’il te plait, ne m’en veux pas. Je sais à quel point tu l’aimais. C’était un homme bien. Va à Westmorland sur la mer de Salton et demande à la police de fouiller le cours d’eau qui longe la ferme des Horgins. C’est là-bas que tu trouveras ton père.

Paraissant sincèrement triste de n'avoir pu faire plus, il se dirigea, cette longue diatribe terminée, vers le trou béant où se trouvait la porte avant l’irruption du complice des meurtriers du père d’Anua.
Le géant vert se retourna une dernière fois. Il fixa un long moment Anua avant de continuer de sa voix gutturale sur un ton qui aurait très bien pu être celui d’un proche réellement touché par la mort de son père :
- On sera amené à se revoir très vite, Anua, « p’tite frangine ». Je dois d’abord m’occuper de lui, dit-il en tapotant le postérieur de l’homme perché sur son épaule. Il me faut également finir de convaincre quelqu’un que tu seras ravi de revoir, j’en mettrai ma main à couper !
- En attendant que je revienne pour tout t’expliquer, je te conseille de déménager. Pourquoi ne vas-tu pas habiter chez ta copine ? Elle semble à même de t’aider, non ?
Il sourit aimablement à Billie.
-Et t’en faits pas, les mauvaises passes ont toujours une fin.
Sur ces mots le géant, à l’air si nostalgique, disparut trimbalant toujours le corps du kidnappeur comme s’il portait son manteau sur l’épaule en laissant les deux jeunes femmes affalées sur le sofa. Des milliers de questions sans réponses embouteillaient leurs esprits comme une autoroute un jour de départ en vacances.


§§§§§§


Anua, la première fondit en larme sous le choc de la fin annoncée de son père. Billie ne tarda pas à la rejoindre dans un concert de larmes et de reniflements.
Anua se jura intérieurement de mettre fin à cette histoire morbide. Oui ! Elle allait tout faire pour essayer de retrouver son corps en suivant les indications que lui avaient fourni l’homme qui l’avait tendrement appelé frangine.
Elle en était tout émue, mais n’aurait pu commencer à en expliquer le pourquoi.
CHAPITRE XVI

NICK DORLAN




Nick Dorlan conduisait, pour une fois bien au-dessus de la limitation de vitesse. D'habitude si placide, il était en ce moment nerveux et inattentif aux autres, ce qui ne lui ressemblait guère. Il se reprochait de ne pouvoir s'occuper de tout en même temps. Ces derniers mois avaient été chargés, avec touts ces voyages et ces prises de contact discrètes. Son retour dans le monde de son enfance avait été bien plus éprouvant pour sa grande carcasse qu'il ne voulait bien le reconnaître. Et dire qu'il devait partir pour Paris dès ce soir
Il n'avait pas mis les pieds au bureau de la semaine et il s'en inquiétait. Il ne voulait surtout pas que ses employés ne se sentent abandonnés. Même s’il y avait peu de circulation en ce vendredi après-midi, il faisait preuve d’une réelle aptitude à se faufiler entre les voitures. Il les dépassait sans coup férir grâce au puissant moteur de sa Mercedes cl 600 amélioré par un mécanicien de génie. Un de ses nombreux amis, accessoirement forts utiles, qu'il s'était fait dans sa vie new-yorkaise. Il consulta sa montre et vit avec plaisir qu’il serait à son bureau bien avant la clôture de la bourse de New-York.
Nick Dorlan dirigeait une société de courtage en bourse qui se situait au trente-deuxièmes étage de la célèbre « Chrysler tower » en plein centre de Manhattan.
Il avait du emménager là à la suite de l’effroyable attentat qui avait réduit en poussière les « Twin-towers ». Par bonheur, tous ses salariés étaient sortis indemnes de cette monstrueuse catastrophe. Il leur avait accordé une matinée de congé en raison des excellents résultats du mois passé.
Juste ce jour là, le hasard faisait bien les choses, quand même !

Ses bureaux étaient modestes tant par la taille que par la décoration spartiate. Nick avait en horreur les bureaux surchargés de dorures et d'épaisses moquettes qui foisonnaient dans les autres entreprises qui avaient choisi comme adresse, ce célèbre gratte-ciel.
Il salua comme à l’accoutumée la jeune femme qui officiait à l’accueil. Il aimait lui faire sentir l'importance que représentait la jeune femme pour lui et la société.
Même s’il ne l'avait pas vu depuis plusieurs jours, Nick préférait toujours détendre l'atmosphère plutôt que de parler directement de travail. La déconctraction, la franchise et la bonne entente étaient les règles d'or de la conception qu'il se faisait de relation de patron à employés.
Et il se faisait un devoir de l'appliquer en toute circonstance, même s'il était très pressé comme aujourd'hui. En la regardant rêvasser, plongée dans la lecture de l'un de ses fameux hebdomadaires féminins dont elle raffolait, il s'amusa à la faire sursauter. Nick fit résonner volontairement sa voix forte et grave, un large sourire aux lèvres :
- Salut Charlène ! Alors, plus qu’une heure et c’est parti pour un week-end salvateur ?

Elle fit tomber dans la corbeille, d’un geste maladroit, le magasine qu’elle lisait en cette fin de semaine tranquille. Elle savait pourtant que son patron ne lui ferait aucune remarque à ce sujet. Pourtant d’habitude peu farouche, Charlène ne put s’empêcher de rougir comme une collégienne devant le garçon de ses rêves, dès que leurs regards se croisèrent. Son patron, si gentil qu’il puisse être, l’intimidait énormément avec sa grande taille et son visage carré qu’adoucissaient ses longs cheveux bouclés et ses grands yeux verts au regard doux et malicieux.
Charlène avait l’impression que Nick Dorlan pouvait lire dans ses pensées les plus secrètes quand il plongeait son regard dans le sien. Et ça la gênait particulièrement surtout si l’on connaissait ses sentiments envers lui. A l’instar de la majorité des autres employées féminines que comptait la société, Charlène craquait pour le charme et l’humour du patron. Il se démenait tant pour eux. Elle prit sur elle pour se reprendre, essaya d’afficher un sourire neutre et de le héler, alors qu’il s’en allait vers son bureau. :
- Monsieur Dorlan, attendez une seconde s’il vous plaît ! Voici les messages des personnes qui ont tenté de vous joindre durant votre absence. Un certain Monsieur Solder a téléphoné pas moins de douze fois depuis votre départ, lundi dernier.
- Qui ça ? Solder, non ça ne me dit rien. Je verrai tout à l’heure ce qu’il veut. En attendant, ma petite hôtesse, secrétaire, maman adorée j’ai un max de travail ! Bipez-moi quand vous partez mais ne me passez plus personne. Et je ne veux pas voir votre mignon minois à la porte de mon bureau, OK !
En se dirigeant vers son bureau, il ajouta :
- Il faut que je me tape les bilans des résultats hebdomadaires à envoyer aux personnes qui nous font vivre en nous confiant leurs économies. Autant dire que la soirée promet d’être longuette. Surtout sans vous pour tenir la baraque !

Il repartit en direction de son bureau, laissant un rire sonore résonner dans l’ensemble des bureaux où travaillaient encore ses sept collaborateurs qui finalisaient leurs propres bilans hebdomadaires. Après les avoir terminés, ils les enregistreraient sur leurs ordinateurs, les laissant à disposition du patron. Et aucun ne partirait avant d’être sur que le boss n’ait qu’un bref coup d’œil à y jeter. Ca n’était pas du zèle mais l’expression d’une réelle d’une fidélité. La rémunération des traders si bonne soit-elle, n’était que la partie visible de leur attachement à leur travail.
Encore une étrangeté de la société de Nick.

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Si la société marchait si bien, s’étaient en grande partie par l’attention individuelle que Nick voulait que l’on porte à chacune des personnes qui leur confiait de l’argent, quelle qu’en soit le montant. Il détestait le mot client. Chacun d’eux était toujours appelé par son nom. C’était la règle si l’on désirait rester travailler avec lui. En contre partie les conditions de travail étaient excellentes. Souplesse horaire, prise en compte de la situation individuelle de chacun, bref l’écoute et l’arrangement prévalaient du moins, tant que le boulot était fait avec sérieux et méticulosité.
Une fois dans son bureau, Nick enleva son par-dessus et son pull, se servit une boisson fraîche et s’installa dans son profond fauteuil en cuir noir, spécialement conçu pour lui. Il était large et profond, doté d’accoudoirs moelleux. Idéal les personnes devant rester assises de longs moments avait argumenté l’artisan à la livraison de l’imposant siège, voyant l’air dubitatif de Nick devant la taille hors norme du siège.
Il s’enfonça dans son si précieux fauteuil, prit une gorgée de sa boisson et se mit à étudier les derniers indices boursiers sur internet. Il avait complètement mit de côté les évènements de ces derniers jours. Ils avaient pourtant été riches en enseignements ! Bon sang, il avait enfin réussi à tenir sa promesse ! Il avait retrouvé les frangins et même prit contact avec eux. Même s’il les faisait surveiller depuis des années, cela faisait bougrement du bien de les voir pour de vrai !
Mais s’il voulait pouvoir continuer son opération « regroupement familial », il lui fallait se débarrasser au plus vite de son gagne-pain. Et du mieux possible dans l’intérêt des personnes dont il gérait les biens.
Il se replongea donc dans la lecture fastidieuse des derniers cours des différentes actions sur lesquelles il avait misé.
Satisfait des résultats, Nick vérifia ensuite les résultats de ses collaborateurs. Même s’il savait qu’ils donnaient le meilleur d’eux même, il tenait à tout vérifier. L’avenir de sa société et donc de son indépendance allait de paire avec la totale confiance que ses "relations de travail" lui accordaient en lui confiant leur argent. Il s'en portait garant et jusqu’à présent, personne n’avait eu à se plaindre de ses investissements.
Il corrigea rapidement quelques placements de ses courtiers qu’il jugeait hasardeux, puis décida de s’occuper des comptes de ses propres « amis » pour la semaine à venir.
Nick se cala bien droit dans son fauteuil, les bras posés sur son bureau. Ses mains effleuraient le clavier de son ordinateur. Dès qu’il se sentit prêt, il posa l’arrière de son crâne dans un demi-cercle de métal, rembourré de mousse et recouvert de cuir. Ce drôle de repose tête se trouvait tout en haut de son dossier comme les tétraplégiques en utilisent pour les soutenir et cessa tout mouvement.
Il fit le vide dans son esprit, ferma les yeux et se concentra. Il se remémora les courbes des différentes actions depuis six mois.
Seuls son front et ses sourcils s’agitaient, se crispaient et se détendaient, en concordance avec la vitesse phénoménale à laquelle tournaient ses cellules grises. Le reste de son visage restait immobile, comme si l’énergie déployée par son cortex lui ordonnait d’abandonner le reste de son corps
Ses doigts commencèrent une course folle sur le clavier et débuta une série de vente, d’achat et de passages d’ordre de toutes sortes à une vitesse hallucinante.

Il avait l’impression d’être relié par un fil à l’ensemble des acteurs du marché boursier. Du développement de la plus petite entreprise cotée à la peine de cœur d’un capitaine d’industrie ou à la dépression d’un spéculateur, rien ne semblait pouvoir lui échapper. Il sentait la moindre opportunité, le plus petit contre-temps. Même la météo, sur l’ensemble des transports de marchandise à l’échelle de planétaire, lui apparaissait comme une ombre sur la réussite éventuelle d’une opération commerciale.
Ses paupières demeurèrent closes durant tout ce temps.
Un gros quart d’heure plus tard, tout était terminé. Epuisé par cet effort cérébral intense, il s’écroula sur son bureau. Il dormait comme un sac. Son cerveau l’exigeait après de telles séances. Mais ce pouvoir de concentration et de mémorisation, qu’il avait senti se développer en lui au fil des années, lui permettait d’effectuer un travail de plusieurs jours en quelques minutes.
Autant de temps libre pour ses véritables objectifs.
Sauf catastrophe totalement imprévisible et jamais vue sur les marchés boursiers l’ensemble de ses opérations se solderaient par de substantiels bénéfices. En plus, il avait gagné au minimum sept jours pour continuer sa mission, ce qu’il s’était juré de réaliser depuis si longtemps.
Nick dormit ainsi une bonne demi-heure. A son réveil, il ne prit même pas le soin de relire les ordres qu’il venait de passer durant sa « transe boursière », comme il aimait appeler cet épisode hebdomadaire.

Il avait bien d’autres choses en tête avec, en particulier, le rendez-vous fixé en fin de semaine avec l’homme qui l’avait recueillit au moment où il connaissait les pires tourments de sa jeune existence. Un rendez-vous avec l’homme qui l’avait élevé et qui lui avait montré en quoi son corps et son esprit étaient à ce point différents de ceux du commun des mortels. Mais où pour la première fois, il allait devoir mentir à son mentor.
La vérité ne serait pas de mise et il le regrettait amèrement.


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Chapitre XVII

ANUA SE REBIFFE I
RAPH ARRIVE



Anua à peine libérée de ses liens par Billie se rua vers son téléphone portable. Finis les pleurs et autres jérémiades ! Terminées les questions sur la scène surréaliste qui venait de se dérouler sous ses yeux.
Bordel de chiotte, on avait osé toucher à ce qu’elle avait de plus cher au monde : son père !
Le volcan qui sommeillait à l'intérieur de cette gracile et charmante jeune femme s’était réveillé.
Pendant que son amie essayait de camoufler l’énorme hématome qui faisait enfler son nez et clore à vitesse supersonique son œil droit en prenant une jolie teinte violacée, Anua composa le numéro de Raph.
Monsieur Raphël Furk de son vrai nom, agent spécial du FBI, s'il vous plaît ! Lui, au moins, allait lui venir en secours. Sinon à quoi pouvait bien servir celui qu'elle considérait comme son meilleur ami voire peut être l'homme avec qui elle allait passer le reste de ses jours pour peu qu'ils trouvent un peu de temps pour se retrouver et passer ce cap si délicat entre l'attirance et la vie à deux
Trois sonneries retentirent à ses oreilles avant que Raph ne décrocha. Oui, il venait tout de suite ! Il devait cependant trouver le temps de déléguer l'affaire sur laquelle il travaillait à des collègues qui aurait le cran de couvrir son absence. Et ils n'étaient pas légion au FBI à se porter volontaire pour qu'un collègue puisse partir dans l'instant régler un problème personnel ! Il lui fallait ensuite trouver un avion qui le déposerait à l'aéroport de L.A, si possible avec une correspondance aérienne pour le sud de la Californie. Il lui faudrait sinon louer une voiture pour parvenir jusqu'au domicile d'Anua situé entre San Diego et la mer de Salton. Quelle idée aussi d'aller s'enterrer au milieu de nul part, simplement parce que la boîte qui finançait ses travaux avait décider de se cacher en plein désert ! Une histoire de climat favorable à la conservation, lui avait-on dit…Ma fois, pourquoi pas après tout, admit-il, toujours aussi cartésien et fataliste qu’il était possible de l’être.
Bien décidée à attendre Raph sans bouger comme il lui avait recommandé, Anua s'occupa de Billie , choquée et incapable de repartir pour le moment.
Elle lui proposa, après l'avoir soignée, d'attendre avec elle l'arrivée de son principal atout. Son ami, son garde du corps estampillé "FBI" avec qui il se pourrait bien qu'elle finsse ses jours pour peu que leurs boulots respectifs leur laissent un peu de temps pour la romance.
Et dire qu'il y a si peu de temps encore, elle se faisait du mouron pour sa petite carrière ! Tant de choses venaient de bouleverser sa vie à jamais, elle le ressentait au plus profond de son âme.
Billie avait préféré se reposer seule dans la chambre de son amie, la laissant seule face à ses problèmes. Plutôt que d'y réfléchir à chaud, elle se connaissait, elle préféra laisser son esprit vagabonder. Anua s'allongea sur le sofa qui avait vu se dérouler tant d'évènements ces dernières heures. Les yeux clos, son esprit dériva lentement vers sa rencontre avec Raph. Une échappatoire en attendant que la terrible réalité ne la rattrape.
Anua avait rencontré le lieutenant Furk il y a deux ans à peine. Tout juste gradé, il se retrouvait empêtré dans une affaire de meurtre en série. Six corps au moins venaient d'être retrouvé en rase campagne, sur un ancien champ de bataille dans l'état du Mississippi. Le FBI se devait d'agir vite sous peine de se voir ridiculisé définitivement par les médias. Le directeur régional avait fait appel à elle par le biais de son père, lui aussi vétéran du même bataillon de la boucherie Vietnamienne. Anua avait donc intégré l’équipe de terrain nouvellement dirigée par son futur meilleur ami et peut être plus : Raph.

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L'AFFAIRE DU "TUEUR HISTORIEN"
Anua, l’instinct


Anua avait compris après un rapide briefing que dans cette affaire, le meurtrier prenait un malin plaisir à décorer les scènes de crime avec un sens du morbide inégalé, mélangeant les morceaux de corps humains de ses différentes victimes en des lieux chargés d’histoire. Après ce court entretien au siège du FBI, le directeur régional l'avait conduite sur la scène de crime. C'est là, qu'elle fit la connaissance de Raph, qui courait en tous sens, essayant vainement de délimiter un périmètre de sécurité, la scène de crime s'étendant sur plus d’un demi hectare morcelée en plusieurs parties sur d’immenses champs, le long du fleuve. Les corps avaient été découverts non loin de la localité où avait eu lieu la bataille d'Ackia.

En 1736, près de la ville actuelle de Tupelo dans l'État du Mississippi, Les Français avait tenté d'utiliser le fleuve pour relier leur colonie de la Louisiane avec la partie septentrionale de la Nouvelle France. Mais les amérindiens contestèrent le contrôle des rives du fleuve par les Français. Ackia, un village de la tribu Chickasaw, fut attaqué par une armée franco-indienne. Les Chickasaws, alliés par le besoin des britanniques repoussèrent l'attaque avec succès. C’est en ce lieu, qu’avait définitivement périt la volonté des français de dominer l’Amérique du Nord et laissés le champ libre aux Anglais. Un Mémorial avait été construit à cet endroit, longtemps après que cette bataille, qui ne concernait que quelques centaines de personnes, se soit déroulée. Une fois ses conséquences historiques bien comprises, cette petite escarmouche devint la fierté de la bourgade de Tupelo, Mississipi.

Anua avait arpenté pendant plus de deux heures ces lugubres champs, non loin du petit monument célébrant cette victoire anglophone.
Sur une large bande de trois cents mètres de long et d’une centaine de large, partant du fleuve étaient éparpillés d’innombrables morceaux de corps humains déchiquetés. Le sang semblait imbiber la terre.

Son cerveau n'avait pu supporter longtemps ces visions monstrueuses, d'une sauvagerie sans limite. Son esprit s’était peu à peu soustrait de ce paysage cauchemardesque et vagabondait. L’inconscient avait pris le dessus sur la simple vision du réel. Elle s'éloignait maintenant de la scène de crime, clôturée par d'innombrables rubans jaunes, et marchait en direction du fleuve.

Des images de prés, planté de tipis au milieu des herbes folles guidait maintenant sa marche silencieuse au milieu du carnage. Un sentiment de plénitude l’envahit. Des femmes indiennes formaient un cercle, se donnant la main, autour d'un feu près d'un tipi légèrement en retrait des autres.
Anua faisait partie de ses femmes. L'instant suivant, elle planait au-dessus du feu. Les six femmes prononçaient une prière à l'unisson.
Le chaman les repéra. Il exhorta ses troupes à le suivre en leur direction et leur hurla des ordres qu'aucun des hommes n'osa contester. Le chaman, aux yeux de meurtrières de château médiéval, ne portait aucun attribut que l'on serait en droit de voir sur un homme de son rang. Non ! Il était torse nu et simplement armé d'un long bâton.
Anua rentra dans l'esprit du chaman. Il hurlait ses ordres. Anua était troublée et effrayée. Il désignait les femmes aux hommes qui le suivaient, dans un langage qu'elle ne comprenait pas même s’il lui semblait familier.
Les hommes se ruèrent vers ces femmes toujours agenouillées, qui continuaient de psalmodier dans une langue proche de celle du chaman malgré l'imminence du danger. Les hommes se ruèrent vers elles et commencèrent à les frapper avec une violence extrême. Ils leur arrachèrent leurs vêtements et les violèrent sauvagement après les avoir rouées de coups. Les femmes qui n'étaient pas inconscientes restaient immobiles et sans réaction au milieu de ce déchaînement de violence.
Le chaman hurla de nouveau en direction de ses "soldats". Les hommes sortirent en une fraction de seconde leurs couteaux et commencèrent leur abominable besogne. Ils scalpèrent, à la manière des hommes blancs ces pauvres femmes qu'ils prenaient pour des sorcières. Puis, sans se préoccuper de savoir si elles étaient toujours en vie les dépecèrent habilement, comme ils l'auraient fait avec un bison. Ils coupèrent habilement grâce à leurs lames effilées, les mains des bras, les bras des torses et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ne reste plus un seul membre à couper. Pour finir les têtes furent séparées des torses. De véritables torrents de sang coulaient, suivant les pentes du terrain.
Le chaman continuait de crier, traçant un large cercle au sol du bout de son bâton.
Anua, toujours dans un état second, ne se voyait pas reproduire à l’identique les gestes et cris du chaman.
Aucun, des nombreux policiers, membres du FBI et médecins légistes ne l’avaient remarquée. Ils étaient bien trop occupés et choqués pour lever la tête de leurs tâches respectives

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Les hommes reprenaient maintenant l'incantation du sorcier tout en creusant une fosse circulaire à l'aide de leurs couteaux puis de différents objets leur tombant sous la main. Le vacarme de ces hommes couvert de sang et de terre, creusant et psalmodiant était assourdissant. Anua toujours dans la pensée du chaman se vit ordonner aux soldats en transe de déposer les différents bouts de corps des femmes dans un ordre bien précis dans la fosse circulaire qu'ils venaient de creuser. C'est alors qu'Anua ressentit peu à peu des coups qu'on lui assénait au visage. Les hommes remettaient maintenant de la terre et des pierres sur les restes atrocement mutilées de ces femmes. Ces même femmes qui priaient et chantaient, pleine joie, il y a moins d'une heure. Savaient-elles ce qui allait leur arriver ? Elle le croyait, le savait. Anua sentit plus distinctement qu'on la frappait au visage. Elle entendit de faibles appels. Elle se concentra dessus :
- An…sen…ou...elle…nua…pet…sen…rev…vous.
Son esprit revint doucement vers la réalité oubliant les terribles scènes auxquelles elle avait assisté. Puis de nouveau, elle entendit:
- Mademoiselle Petersen, Anua Petersen, réveillez-vous ! Qu'avez-vous ? Bon sang qu’est-ce qui c’est passé ? Vous êtes épileptique ou quoi ?
L’agent Furck ne savait de quelle manière prendre les évènements qui venaient de se dérouler. Il avait bien vu que la jeune archéologue n’était plus elle-même. Mais sa rationalité et son désir de reprendre cette enquête sur des bases classiques étaient mis à mal. Heureusement qu’il n’avait vu aucun journaliste dans les parages. Il aurait été sinon obligé de répondre à tous les scribouillards et autres allumés fanas du paranormal, lui qui se considérait comme une personne logique et raisonnable, peut être parfois un peu pointilleux. Lui, surtout qui voulait s’appuyer sur la science, rien que la science et ses preuves irréfutables pour comprendre ce massacre et confondre le ou les auteurs de cette atrocité. Et qui est-ce qu’on lui avait mis dans les pattes ? Une chercheuse folle-dingue qui allait mettre à mal la méthode Furck. Méthode qu’il avait expliqué à toute son équipe depuis son premier jour comme responsable de l’affaire du « tueur du mémorial », comme l’avait surnommé les médias.
Anua ouvrit subitement les yeux, vit qu'elle se trouvait dans les bras de l'agent Furk avant de sombrer dans un profond sommeil sans rêve.
A son réveil, quinze bonnes minutes plus tard, elle était allongée à l'arrière d'une ambulance, les mains en sang, un atroce mal de tête lui vrillant le cerveau. L'agent Furk se tenait près d'elle, un café bien chaud à la main.
- Mais bon dieu, qu'est-ce qui vous est arrivé ? Dit-il en lui tendant la boisson encore fumante.
- Merci ! Anua s'empara du café comme s'il s’agissait d’un médicament révolutionnaire. Après une bonne rasade de liquide insipide auquel on avait gentiment une grande quantité de sucre, elle se tourna vers l’homme qui la portait dans ses bras, juste avant sa perte de connaissance et commença :
- je ne me souviens plus de…Puis tout lui revint d'un coup ! Aussi clairement qu’elle l’avait vécu sur le moment.
Elle raconta sa vision à l'agent Furk et le traîna jusqu'à l'endroit où elle avait tracé le cercle alors qu'elle était dans l'esprit du chaman. Raphaël Furk se laissa faire devant la farouche détermination de la jeune femme, comme reprise par ses démons.
- Voilà, c'est là ! Dit Anua en montrant de sa main bandée le cercle tracé au sol.
- C'est quoi, là ? Répondit-il. C'est surtout là qu'on vous a retrouvée en pleine crise de nerf. Vous grattiez par terre avec vos mains et personne n'a pu vous empêcher de finir ce cercle, bon dieu Mademoiselle Petersen ! Alors c'est là quoi au juste, là ? Répéta-il.
- Simplement l'explication du massacre pour lequel vous m'avez appelé, agent Furk, lui dit-elle en le fixant droit dans les yeux. Débordée par le ressac des émotions vécues lorsqu'elle passait de l'esprit de ces femmes à celui du chaman, elle se tut un instant. Une fois de nouveau assez calme pour s'expliquer simplement, elle repris:
- Là sous ce cercle que j'ai visiblement tracé avec mes mains, vu leur état, se trouve les corps de six femmes qui ont été violées, assassinées, découpées en rondelles puis enterrées là il y a plus de deux cent cinquante ans. C'est une histoire annexe à la bataille dont vous voyez la stèle, la haut derrière vous.
Anua commençait à se sentir redevenir elle-même, à prendre du recul sur son expérience, à pouvoir dégager le fil réel des évènements passés.
- C'est simplement le fait d’un criminel du passé qui profitait de guerres pour continuer la leur. Des profiteurs de l'histoire, quoi !
La jeune femme reprit son souffle et poursuivit :
-Creusez là et vous aurez les réponses du massacre qui s'est déroulé cinquante mètres plus loin, à l'endroit où vos hommes tentent de reconstituer des corps entiers à partir de pièces en vrac, agent spécial Raphaël Furk ! Si je vous l’dit, c’est que j’en suis sure, non d’un chien !
Et zut, voilà qu'elle s'énervait de nouveau, il n'y était pour rien ! Il l'avait soutenue, peut être sauvée d'un horrible et définitif plongeon dans le passé et voilà qu’elle passait ses nerfs sur lui. Faut se calmer ma fille ! Pensa Anua en regardant le policier au sourire éternel qui se tenait face à elle.

Elle commençait à se sentir redevenir elle-même, à prendre du recul sur son expérience, à pouvoir dégager le fil réel des évènements passés, de ce qu’elle avait vécu ou plutôt revécu.
- Ok, Ok, j'ai saisi ! Lui dit-il un franc sourire venant éclairer son visage. Il se retourna et cria à ses hommes : Tom, jack ramenez-vous et demandez aux hommes de la scientifique de venir ici dare-dare. Et vous, mademoiselle Petrersen, du calme, du calme, ajouta t’il en plongeant un regard autoritaire dans celui de la jeune femme.
Les flics rappliquèrent en quatrième vitesse avec leurs pelles, pioches et autres outils. Alors qu'ils allaient commencer à creuser, Anua s'interposa, menaçant Raphaël Furk d'une nouvelle crise de nerf si quiconque touchait à ce sol.
Elle lui expliqua que les cadavres enterrés lui expliqueraient le pourquoi du comment du massacre sur lequel il enquêtait et que le coupable des horreurs commises aujourd'hui ne pourrait être révélé que par une fouille minutieuse et patiente de type archéologique : "oui, au pinceau, mon p'tit Monsieur !" Lui dit-elle, souriant pour la première fois depuis son arrivée, face à l’air réprobateur et passablement agacé de l’inspecteur.
L'étrange disposition des morceaux de corps humains serait la même sous terre qu'à cent mètres de là, elle lui jura, ils auraient même du être superposé, c'était juste une erreur de l'assassin. Oui, il n’y a qu’un seul assassin, enfin, en quelque sorte, soutint-elle en le fixant droit dans les yeux.
Anua lui demanda trois semaines. Il accepta de lui accorder après avoir téléphoné au directeur régional du FBI qui lui confirma qu'elle était bien saine d'esprit et en plus très compétente dans son domaine.
S’il resta stupéfait par l’assurance de la jeune femme, son charme et ce sourire entrevu pour la première fois, ne furent pas étranger à sa décision de se plier à ses requêtes. Il n’allait pas le regretter.
Chapitre XVIII

ANUA MAITRISE SES DONS
FIN D'UN CHASSEUR II



Billie se reposait encore dans sa chambre. Elle n’était pas arrivée à trouver le sommeil. Le choc de sa rencontre avec les deux énergumènes qui s'étaient affrontés sous ses yeux déjà deux heures auparavant l’avait plongée dans l’incrédulité, sans compter les blessures physiques. L'annonce faite par le géant du meurtre probable du père d'Anua, que Billie adorait, n'avait fait que renforcer sa détresse et son sentiment d'inutilité. Elle, qui avait senti que son amie avait des problèmes, n'avait pu imaginer leur ampleur. Elle, la meilleure amie, n’avait pu agir tant les catastrophes s'étaient succédées sans le moindre avertissement.
Billie se mit en boule sur le lit et éclata en sanglots. Ces larmes étaient les témoins de sa rage vis à vis de son impuissance. Tout s'était déroulé si rapidement qu'elle s'était sentie aussi inutile qu'une grosse amphore gisant, vide, au fond de l’océan.
Elle aurait tant voulu être sure de revoir Monsieur Petersen ! Celui qui l’avait toujours considérée comme sa seconde fille, qui n’avait pas ménagé son temps ni son portefeuille pour l’aider dans la voie professionnelle qu’elle avait choisie. C’était grâce à lui qu’elle occupait cette place de responsable, dans l'entreprise de référence de recherche et de fouille d’épaves. Il avait réussi à l’imposer dans ce milieu si machiste de la fouille sous-marine où elle se trouvait sans cesse confrontée aux responsables des plus grands groupes pétroliers pour leur faire stopper leurs si précieux forages pour entamer des fouilles historiques.
C’est, du moins, ce qu’elle pensait et ça la rendait malade de rien pouvoir faire alors qu’on venait de lui annoncer sa mort.

Visiblement, c’était plus que son nez qui en avait pris un bon coup. Les petits gémissements qu'Anua pouvait entendre du salon, prouvait que sa copine était psychologiquement meurtrie. Elle connaissait l’attachement de Billie pour son père, elle qui n’en avait plus depuis l’âge de huit ans.
Elle replongea dans ses pensées, ne voulant pas, pour l’instant vivre l’angoissante réalité, celle d’une vie sans son père. Anua reprit, attendant l’arrivée de son chevalier servant, le cours de ses pensées, de ses premiers contacts avec Mister FBI.

Trois semaine plus tard, l'équipe d'archéologue, qu'avait réuni Anua, avait terminé son travail.
Les ossements retrouvés grâce à Anua et les photos de l'enquête de Raphaël montraient une parfaite similarité. Seule une personne connaissant sur le bout des doigts la tuerie de 1736 avait pu commettre celui de l'enquête en cours. Raph, puisqu'elle l'appelait comme cela maintenant ne voyait pas où cela pouvait le mener. Cet ancien acte de barbarie n'était mentionné dans aucun document et il n'y avait pas de descendant de cette tuerie, du moins, d'après les recherches conjointes des historiens et des policiers. C'était un retour à l'impasse pour l'enquête.

C'est encore une fois d'Anua que vint la lumière, quand trois jours plus tard Raph lui téléphona pour lui dire qu'on avait signalé à la police de Tupelo la découverte de restes d'une vieille ferme récemment incendiée. Les agents du FBI, arrivés sur place à l'aube, avaient découvert différentes tâches de sang après un passage au "luminol" les restes, les moins calcinés, de la maison.
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Anua et Son agent spécial parvinrent sur place après s'être égarés un bon moment parmi les centaines de chemins de terre qui se multipliaient dans la région.
Ils avaient eu tout le temps de discuter, de se chamailler pour enfin de rire sur la meilleure manière de trouver cette maudite bâtisse. Anua commençait réellement à apprécier la compagnie de Raph.
Raph était désordonné, fallait voir l'intérieur de sa voiture, et toujours distrait, c’était du moins ce qu’il voulait laisser transparaître. Il était en fait parfaitement maître de lui et possédait un sens de l'humour décalé qui la faisait hurler de rire.
Elle avait même cessé de le maudire quant il la taquinait sur ses dons de Madame Soleil. Elle en riait maintenant de bon cœur et comprenait fort bien ses interrogations sur la manière dont elle avait pu repérer l'endroit exact de l'ancien massacre.
Et ce jour là, Anua en remis une couche, en terme de divination !

Juste après avoir pénétré dans la ferme dont il ne subsistait que quelques pans de murs noircis par l'incendie, Anua s'accrocha au bras de son fidèle chevalier servant. D'abord surpris, il se mit à la soutenir par les épaules dès qu'il vit ses yeux clos, ses paupières presque translucides où chaque veine tressaillait à un rythme effréné. A voir la pâleur de son visage et ses traits déformés, c’était reparti pour un tour !
Anua commença par voir une vaste étendue déserte. Après un bon moment où les saisons défilaient à grande vitesse, une ferme flambante neuve sortit de terre, occupée par un jeune couple et trois jeunes enfants style western. Cela se déroulait comme dans un de ces jeux d’arcade, les "Sims" où l'on doit inventer une famille et son environnement puis les faire évoluer virtuellement.
Les scènes se succédaient rapidement devant les yeux d'Anua. Elle passait d'un individu à l'autre à une telle vitesse qu'elle commençait à se sentir comme une balle de ping-pong que se renverraient deux champions chinois qui s'entraînaient pour les jeux olympiques. Les familles se succédèrent jusqu'à une longue période de noir. Visiblement, plus personne n'habitait les lieux. Le paysage s'était modifié. Plus la moindre trace d'arbre. Toute végétation sauvage comme agricoles avaient disparu, preuve que l'on avait exploité cette terre jusqu'à la moelle.

Ce répit dans ce défilé de générations, lui permit de reprendre un peu ses esprits. Elle put regarder autour d’elle et ausculter minutieusement cette bâtisse. Une pause heureuse de ressenti des peines et joies de la vie de toutes ces personnes à une vitesse qui ne lui permettait aucun répit dans les chocs émotionnels qui se succédaient, se croisaient et finissaient par s’enchevêtrer. Comme l’autre fois quant elle s’était laissée emporter trop loin. Au point de perdre tout contrôle sur sa personnalité. Anua s'était en effet jurée qu'on ne la reprendrait plus l'écume aux lèvres, grattant quoique ce soit avec des objets que seul son esprit tenait, en se mutilant les mains, partie de son corps qu'elle préférait.
La période d'obscurité s'acheva quant un vieil homme, élégamment vêtu, décloua les planches qui obstruaient les fenêtres. Il resta si peu de temps qu'elle n'arriva pas à saisir sa réelle essence. Mais il était visible qu'il ne se sentait pas à l'aise dans cette bâtisse. Son esprit était noir et opaque et ses intentions malveillantes. Elle ressentait le noir lugubre de la ferme après le passage de l’homme. Attente, puis la lumière à nouveau.
Six femmes arrivèrent ensemble dans la maison. Anua les sentit à la fois pleines d'espoir et toujours inquiètes. Elle eut tout le temps, en passant de l'une à l'autre, de ressentir leurs états d'âme ainsi que leurs personnalités. Anua eut tout le temps de s’imprégner de leurs identités respectives, qu'elle s'appliqua à ranger soigneusement dans une partie encore maîtrisable de son cerveau. Elle nota également que ces femmes réunies étaient toujours six. Ces femmes attendaient. Elles étaient en transit dans cette maison.

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Puis la terreur la submergea une nouvelle fois quant un homme ressemblant trait pour trait au chaman vieux de plus de deux siècles apparut. Elle crut un instant que son cœur allait lâcher tant il battait vite.
Anua se reprit se raccrochant à la promesse qu'elle s'était faite de ne plus perdre totalement le contrôle de sa personne.

L'homme au regard de meurtrière de château médiéval épiait les six femmes par l’une des fenêtres du salon alors qu'elles dînaient visiblement plus détendue qu'à leur arrivée, soulagées de pouvoir partager leurs angoisses.
Il attendait le meilleur moment, non sans un certain plaisir. Le silence régnait. Seule la Lune était le témoin silencieux de l’euphorie de l'homme, au moment du passage à l’action.

Silencieux comme un chat, il escalada la façade de la ferme, une fois ses occupantes couchées. Il semblait littéralement glisser sur le mur et atteignit le toit avant de s'introduire à l'intérieur par un vasistas laissé ouvert par le vieil homme qui avait réouvert la maison. Elle était le "chaman". Elle ressentait tout le plaisir qu'il prenait pendant qu'il se faufilait dans le corridor desservant les chambres au premier étage. Anua sentit même le goût de l'adrénaline qui montait dans la bouche du tueur.
Il ne leur laissa aucune chance. Pendant dix minutes, il prit un malin plaisir à mettre un terme à la vie de ces innocentes avec les divers objets qui lui tombait sous la main. C'était un expert en mortalité précoce, une vraie encyclopédie du crime.
Sans laisser trop de traces de son passage, il réussit à les supprimer toutes rapidement. Il trancha la gorge à l'aide d'un tesson de verre des deux premières, écrasa la moelle épinière de la troisième de ses larges mains puissantes d’une simple pression de ses pouces.
Il agrémenta sa macabre tournée, juste pour le plaisir, en crevant les yeux deux dernières femmes alors qu'elles se mourraient déjà, la gorge tranchée.
Il les rassembla ensuite mortes ou agonisantes au rez-de-chaussée en les jetant tels de vieux sacs poubelles éventrés, avec un certain dégoût.
Pire encore, il pris un couteau sur la table et éventra ces pauvres femmes pour en sortir les fœtus qu’elles portaient. L’horreur ne s’arrêta pas là. Le chaman démembra avec grand soin les six futurs bébés. Comme s’il préparait de la volaille, juste avec ses mains. Un large sourire lui barrant le visage.
Anua flottait à présent, au-dessus du massacre. Elle était horrifiée, mais ce qu’elle avait vu, l’intriguait au plus haut point.
L’assassin s’agenouilla près de l’une des femmes sans se soucier de la mare de sang dans laquelle il se trouvait. Après un rapide coups d’œil, il la repoussa et se tourna vers les autres victimes. Ce n’était visiblement pas celle qu’il recherchait.
Après quelques minutes de labeur, il avait placé sur le dos, à l’écart des autres, le corps de deux des femmes. Les deux corps qu’il avait précédemment énucléé. Il préleva avec le plus grand soin, une substance corporelle à l’aide d’un ustensile ressemblant fortement à un large tube octogonal effilé aux extrémités. Il l’introduisit dans l’œil de ses victimes avec la minutie d’un chirurgien. Anua entendit clairement un bruit de succion mais ne put distinguer à quoi ressemblait réellement cet objet qui lui paraissait pourtant étrangement familier. Une fois sa macabre tâche accomplie, le monstre sans humanité, rangea l’instrument dans la poche intérieure de sa poche aussi soigneusement que s’il était rentré en possession d’une sainte relique.

Anua se trouvant trop loin de la scène pour discerner et comprendre ce que faisait exactement le tueur, fit l’effort de réintégrer l’esprit de cet homme à l’âme noir, à sa grande répugnance.
Une fois de nouveau dans son esprit, elle sentit aussitôt le tueur se détendre. Il avait sa récompense. Il sentait contre son cœur le mystérieux tube et pensait déjà aux délicieux moments qui l’attendaient lorsqu’il s’injecterait le contenu de ses prélèvements post mortem.

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C'est à ce moment qu'il commit l’erreur qui venait récompenser Anua dans sa volonté de tenir dans un esprit aussi ténébreux. Le monstre, il n’y avait pas d’autre mot pour définir l’homme dont elle lisait toutes les pensées, laissa son esprit vagabonder. Son sale boulot achevé, il pensa un court instant à sa prochaine mission, c’est ce terme qu’il utilisait pour y penser.
La mission devait se dérouler lundi en huit à l'hôtel Plazza de New-York à dix-huit heures. Sa cible était un homme, visiblement un homme qu’il connaissait et haïssait au plus au point. Anua était sure du lieu et de l'heure, le tueur y pensa de manière obsessionnelle.

Le meurtrier pensa de nouveau à ce qu’il devait faire pour terminer sa besogne. Anua arriva à se dire que cette partie du programme ne l’amusait pas du tout.
Elle fit un effort démesuré pour quitter cette âme noire, et réussi à prendre de la hauteur. Elle planait maintenant peu au-dessus de la maison.
Elle avait une vue d’ensemble de la scène, et pris même un moment de repos pour emmagasiner et faire le point sur les informations qu’elle avait recueillies. Anua en avait besoin après avoir vécu ce qu’avaient ressenti les douleurs et vilenies des personnes rencontrées lors de ce drame.

Anua planait toujours au-dessus de la maison. Elle vit le monstrueux chaman sans âge garer sa camionnette devant la maison, y jeter les corps comme s’il terminait un petit déménagement, en sifflotant. Le tueur sadique roula « tranquille comme Baptiste » jusqu'au champs de bataille d'Ackia puis termina son œuvre. Il découpa ce qui restait des cadavres à l'aide d'un outil de boucherie retrouvant pour l’occasion une joie incommensurable.
Enfin, il disposa méticuleusement les morceaux de corps, comme la police les avait retrouvés. Pendant tout ce temps, il chantait une incantation tout en riant aux éclats devant son "œuvre d'art". Cette fois Anua reconnue la langue de la prière mais cela n'avait aucun sens. Un langage parlé par ce que l’on nomme l’époque Obeïde. C’était incroyable !

Elle avait étudié cette période longuement lors d'un séjour dans le golfe persique alors qu'elle faisait des fouilles près de la ville de Samara lors de sa dernière année de doctorat.
Ce langage, ancêtre du sumérien, avait disparu depuis plus de sept mille ans et n'avait de toute manière rien à faire en Amérique du Nord, aujourd'hui comme il y a deux cent cinquante ans

"Mort à ceux qui ont eut la faiblesse de ne pas nous éliminés à l'aube de notre règne !" S’exclama t'il pour terminer en ouvrant la portière du van. Et il reprit le volant avec l'attitude du livreur satisfait d'avoir terminé une journée de boulot de plus, sans repenser une seule fois à ce qu'il venait de commettre.
De retour à la vieille ferme, il termina sa triste besogne en l’incendiant. Puis il repartit, tous phares éteints, sur les pistes sinueuses, comme s’il faisait plein jour. Anua pouvait aisément le ressentir. Sa mission venait de prendre fin, le chaman ne pensait plus qu’à la suivante.
Son esprit était déjà totalement sur l’hôtel "Plazza" à New York.

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Anua quitta cette âme maléfique et reprit peu à peu pied dans la réalité. Elle ouvrit les yeux et retrouva le décor de la ferme calcinée. Raph la soutenait tant bien que mal ses bras passés sous ses aisselles. Il osa une tentative de communication à l'intention du poids mort qu'il supportait presque quarante cinq minutes.
- Hello, la belle au bois dormant ! Un p'tit café ?
- Hein qu'est ce qui…Puis retrouvant totalement son esprit, Anua continua :
- pas la peine d'essayer de me peloter, Raph! Surtout quand je suis un peu dans les "vaps", s'il vous plaît ! Seriez pas un peu vicelard, par hasard ?
Pour se venger, Raph la lâcha, retirant ses bras aux muscles prêts à exploser à force de la soutenir. Et Anua s'affala par terre sur les fesses.
- C'est mieux comme ça Madame ? Dit-il sur un ton sarcastique.
- Pas terrible ! Mais au mois j'ai plus tes sales pattes sur moi ! Et oui, un mec qui se montre aussi peu gentleman, je le tutoie. Et toi tu tomberas à mes pieds quand je t'aurai raconter où je suis allée pendant mon petit somme dans tes bras ! Rétorqua-t-elle en se relevant péniblement refusant l'aide de Raph.

Ils éclatèrent de rire. Anua pour relâcher un peu de pression après ses visions d’horreur et Raph soulagé de la revoir si vite reprendre ses esprits. L'affaire des meurtres de la ferme se termina rapidement après qu'Anua eut raconté à Raph ce qu'elle avait vécu avec les six femmes et le "chaman".

Le tueur avait pour mission d’éliminer ces femmes qui n’étaient qu’en transit dans cette ferme. Des femmes spéciales, en mission, mais dont Anua ne pouvait expliquer le début du pourquoi de celle-ci.
Elle lui expliqua que le tueur devait se rendre à New York, lundi en huit à l'hôtel Plazza pour supprimer un autre homme. Si elle lui donna un maximum de détails sur l'aspect physique du tueur que le FBI désespérait d'attraper mort ou vif, elle refusa de rendre avec lui pour la curée et ne s'étala pas sur les états d'âme de l'assassin. Personne ne pourrait encore la croire et encore moins Raph, son sens du rationnel et son armée de flics, peu connus pour leur largeur d’esprit.

Anua se sentait complètement vidée. Non pas tant par les visions qu'elle avait eues, mais essentiellement par le fait même de pouvoir ainsi se déplacer dans le temps et au travers de personnes. Anua devait réfléchir aux implications de cette capacité. Elle n’osait employer le mot don pour désigner ce quelle arrivait à faire.

Elle était plongée dans un abîme de perplexité. Les questions sans réponses se succédaient. Arriverait-elle à maîtriser ces transes ? Etait-ce mauvais pour sa santé mentale et physique ? Non décidément, elle se devait de prendre du recul, de revenir sur des évènements passés pour essayer de distinguer si cette faculté avait déjà existé dans son passé !
Cela l’avait-elle aidée dans ses prises de décision, sur les endroits précis à fouiller. Les trouvailles qui avaient suivi ses indications, s’étaient révélées aussi précises qu’une montre suisse.